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Full text of "Journal de la campagne que le grand vesir Ali Pacha a faite en 1715 pour la conquète de la Morée"

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JOURNAL, 

DE LA CAMPAGNE 
gUE LE tiRAND VESlFt AL.I PACHA A KAI"^ 
F.N 171? 

LA CONQUÊTE DE LA MOREE 

BENJAMIN BRUK 

Inorrite iu nii mi* la PerM OnoRiau: 




ICnMBST THOftlN, LlÙttAlRE-ÉDITIsnB 



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JOURNAL 



DE LA CAMPAGNE 



QUE LE GRAND VESIR ALI PACHA A FAITE 

EN 1715 



POUR 



LA CONQUETE DE LA MORÉE 



PAR 



BENJAMIN BRUE 

Interprète du roi près la Porte Ottomane 




PARIS 

ERNEST THORIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

58, BOULEVARD SAINT-MICHEL 
1870 



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1"^^ 



JOURNAL 



DE LA CAMPAGNE 



QUE LE GRAND VESIR ALI PACHA A FAITE 



EN 171 5 



POUR LA CONQ.UÊTE DE LA MORÉE 



Kara. Ce même jour turc Ahmed Pacha, Gouver- 
neur d'Adena et d'Aydin, arriva au camp avec toutes 
ses troupes, qui passèrent en revue devant le Grand 
Vesir^ au nombre de quatre cent cavaliers et trois 
cent fantassins. 

Le 24", aprez une marche de cinq lieues, on 
campa auprez d'un bourg appelle Chitro. 

Le lendemain, aprez trois heures de marche, on 
campa à une lieue du mont Olimpe, qui était à la 
droite, en delà d'une petite rivière appellée Cheftali. 
Ce même jour le Grand Vesir 6ta les trois queues au 
Vesir Ali Pacha, dit Karajlanoglou, Gouverneur de la 
Caramanie, qui avait joint l'armée au camp de Salo- 
nique , et le reléga à la forteresse de Volo , pour n'a- 
voir pas, dit-on, amené assez de troupes avec luy, et 
pour avoir dissipé tput l'argent qu'il avait tiré de son 
gouvernement à nourrir une quarantaine de jeunes 
femmes qu'il conduisait toujours avec tuy, quoyqu'il 
ait environ soixante ans. 

Le 26^ on passa, à trois quarts de lieue du camp, 
une petite rivière apellée Kara-Sou, et, après deux 
heures de marche en côtoyant le mont Olimpe, on 
s'approcha du golfe de Salonique, éloigné en cet en- 
droit du mont Olimpe seulement d'une lieue; et aprez 
avoir marché encore deux heures le long de ce golfe, 
on campa auprez de la forteresse de Platomona, qui 
est située sur une petite montagne et sur le même 
golfe. 






Le 27* on passa le défilé de Platomona, qui est 
d'environ une lieue, en laissant cette forteresse sur la 
gauche; on descendit sur le rivage du golfe de Salo- 
nique, qu'on côtoya pendant une heure et demy; on 
prit ensuite à droite en tournant le dos au golfe, et, 
aprez une heure de marche, on passa sur un pont la 
rivière de la Salambria pour venir camper auprez d'un 
village apellé Laspi-Chora. Ge même jour, pendant 
qu'on faisait alte , le Grand Vesir donna à Yussouf- 
Aga, Capigi Bachi du Grand Seigneur, cy devant 
Chaoux Bachi, deux queues avec le gouvernement de 
la Caramanie qu'Ali Pacha avait. 

Le 28*, aprez demy heure de marche, on entra dans 
le défilé de Baba, qui est d'environ deux lieues, très- 
étroit et formé par des montagnes si hautes et si 
escarpées qu'elles semblent s'être ouvertes dans cet 
endroit pour laisser couler la rivière de la Salambria ; 
le chemin en avait été très-bien raccommodé. A l'js- 
sue on trouva gn bourg nommé Hassan-Baba, et de 
très-beaux vallons, qu'on traversa en une heure de 
tems ; aprez quoy on entra dans la plaine de Larissa; 
et, aprez avoir marché encore demy heure, on campa 
sur la Salambria, auprez d'un village apellé Kara- 
Halil, à une lieue et demy de Larissa. 

Le 29* on marcha vers Larissa, et, aprez avoir tra- 
versé ce bourg, qui est très- grand et situé sur la 
Salambria, on campa demy lieue en delà. 

Le 3 !• may le Vesir Ibrahim Pacha, Gouverneur de 



— 4 — 
Diarbekir, arriva au camp et fit passer en revue de- 
vant le Grand Vesir ses troupes, qui, jointes à celles 
de deux Beigs Curdes, dépendant du pachalik de Diar- 
bekir, pouvoient faire cinq cent cavaliers et soixante 
fusilliers à pied. Ce même jour le Grand Vesir donna 
une queue avec le gouvernement d'Alaya à Abdul- 
Mesnin-Effendi ; il est natif de Larissa et du corps des 
Mollas; ses grands biens lui ont attiré cette grâce. 

Le I*' juin le Grand Vesir partit du camp de Larissa, 
et, après six heures et demy de marche par un très- 
beau pays, il campa dans une grande plaine apellée 
Hagilar-Ovassi, au delà d'un petit ruisseau apellé 
Tzinarii* 

Le lendemain 2* on marcha pendant cinq heures 
dans la même plaine, et on campa au pied d'une 
montagne auprez d'un village appelle Balabanli. 

Le }' on traversa quelques petites montagnes qui 
forment un défilé d'environ deux heures et demy de 
chemin; on entra ensuite dans la plaine, où l'on 
trouva sur la gauche un petit lac que l'on côtoya pen- 
dant deux heures, aprez quoy l'on campa, au pied 
d'une montagne, dans un lieu que les turcs appellent 
Dereli, et les villageois Taoûkli. Ce même jour le 
Grand Vesir reléga Ibrahim Pacha à Lepante, et donna 
le gouvernement de Diarbekir qu'il avait à Kane 
Moustafa Pacha, gouverneur de Negrepont. 

Le 4"^ on passa, dans deux heures de tems, la mon- 
tagne au pied de laquelle on avait campé le jour pré- 



cèdent, et qui est très-haute ; de là on descendit dans 
la plaine d'Izdin, ainsi appellée par les Turcs; les 
Grecs l'appellent Ziton , et les géographes Zeiton. On 
laissa sur la droite, au pied des montagnes qui forment 
une chaîne jusques à la mer, un bourg appelle Badra- 
gix ou petit Patras, et, au lieu de poursuivre le chemin 
du nord au midy, on tourna à gauche vers l'Orient ; 
et aprez trois heures de marche on campa à une lieue 
de la forteresse d'Izdin, et à demy lieue d'une rivière 
appellée Lada, qui arrose toute cette plaine. 

Le 5" on laissa sur la gauche Izdin, qui est sur une 
hauteur, au pied des montagnes qu'on avait passé le 
jour précédent, et qui s'estendent aussi bien que celles 
qui sont sur la droite jusqu'à la mer, où elles forment 
le golfe de Ziton. Après trois heures de marche en al- 
lant sur la droite, on campa sur la Lada, auprez d'un 
pont de pierre qui est sur cette rivière. La forteresse 
d'Izdin n'est éloignée que d'une lieue du golfe qui 
porte ce même nom ; la bouche en est couverte par 
une pointe de l'isle de Negrepont. 

Le 6^, on passa la Lada sur le pont de pierre ordi- 
naire et sur un autre pont de bois que l'on avoit fait 
faire pour la commodité des troupes. Au delà de ces 
ponts, il y en avoit un autre petit avec une chaussée 
que l'on avoit fait faire pour passer un ruisseau et 
quelques marais ; on marcha pendant trois heures en 
allant toujours vers l'Orient. Après avoir passé les 
ponts, on trouve au pied des montagnes qui sont sur 



la droite une grande quantité de sources d'eaux 
minérales qui forment des marais sur la gauche et 
rendent étroit et difficile ce passage, qui est celui des 
Therroopiles. On laissa Modonitza ou petit Modon sur 
la droite dans les montagnes, et après avoir marché 
encore deux heures, ayant sur la gauche de belles 
plaines qui s'étendent jusqu'au golfe de Ziton, on vint 
camper à la gorge d'un défilé qui est aussi sur la 
droite, auprez d'un village appelé Skilo-Chori. 

Le lendemain 7*, on marcha pendant trois heures et 
demy dans ce défilé, qui va du Nord au Midy ; le 
commencement n'est point rude, mais aprez une 
heure et demy de marche on rencontre une montagne 
très-haute et trèsnrude ; après l'avoir montée^ on des- 
cendit dans la plaine de Livadia, et l'on y campa 
après une heure et demy de chemin, en un lieu appelle 
Iblay. 

Le 8«, on marcha pendant cinq heures dans une 
très-belle plaine bordée de montagnes et arrosée de 
quelques ruisseaux^ dont le principal s'appelle Gravia ; 
on laissa Livadia sur la droite et on alla camper sur 
une hauteur à demy lieue au delà de cette forteresse. 

Le 9*9 on côtoya pendant trois heures le lac de 
Livadia, qui se trouve sur la gauche et dont la forte- 
resse de ce nom n'est éloignée que d'une lieue. Il sort 
des montagnes qui sont sur la droite quantité de 
sources d'eau qui se jettent dans le lac^ que Ton pour- 
roit^ à plus juste titre^ appeler marais, à cause qu'il 



est presque tout rempli de roseaux et qu^en esté il y 
reste très peu d'eau. On entra ensuite dans la plaiiïe 
de Stifé ôu Thebes^ et après une marche de cinq 
heures on campa sur une hauteur qui est à la gauche 
et à demy lieue au delà de cette ville, à qui il ne 
reste rien de recommandable que le nom. Tous les 
Pachas, Janissaires, Gebegis, Toptziset autres troupes 
qui avaient devancé le Grand Vezir, étoient rangées 
sur les avenues du camp par où le Grand Vezir devait 
passer ; on en trouvera la liste à la fin de ce journal. 
Thebes est à six lieues de la ville de Negrepont et à 
douze d'Athènes. 

Le H ^ on tint un grand conseil de guerre au camp 
de Thebes^ où il fut arresté qu'on donneroit un corps 
d'armée à Kara Moustafa Pacha, pour entrer inces- 
samment dans la Morée et faire le siège de Castel, 
qui est une forteresse de la République de Venise, 
située à l'embouchure du golfe de Lepante. Le Sam- 
somgi Bachi, un des principaux officiers des Janis- 
saires, qui avoit pris les devants, devait commander 
environ quinze mille Janissaires destinés pour ce 
siège. Il fut aussi arresté que Yussouf Pacha suivroît 
Kara Moustafa Pacha et que le Grand Vesir partirait 
de Thebesie 21. 

Le 14% le Selam Agassi du capitan Pacha apporta 
au Grand Vesir la nouvelle que son maître avoit pris 
la forteresse de l'isle de Tine en vingt* sept heures 
de temps; elle fut attaquée le 5* de juin et le lende- 



— 8 — 

main elle capitula. Les sieurs Pascalion, PerpîgBas 
et Condofreos Vitalis^ députez de cette isle> vinrent 
au camp avec cet officier du capitan Pacha ; ils dirent 
qu'il y avoit dans cette forteresse trente-cinq pièces de 
canon^ dont trente étaient de fonte> et au delà de cent 
barils de poudre^ mais qu'il n'y avoit que cinquante 
soldats ; que la plupart des habitans de l'isle s'estoient 
réfugiez dans la forteresse, et qu'ayant veu la mau- 
vaise contenance du commandant, ils luy avoient 
insinué de capituler. Ils ajoutèrent que cette forteresse 
étoit depuis trois cents quatre-vingts ans sous la 
domination de la République de Venise. Le Grand 
Vesir ratifia la capitulation, dont les principaux ^cles 
étoient que les Latins et les Grecs exerceraient libre- 
ment leur rit et que tous les habitans seroient 
exempts de payer aucun droit pendant deux années; 
mais les deux députez en ont esté exemptés pour 
toute leur vie ; de plus, le Grand Vesir leur fit donner 
à chacun dix sequins de gratification et mille écus au 
Selam Agassi. 

Le lendemain i j^, le premier valet de chambre du 
Capitan Pacha apporta au Grand Vesir les clefs dç la for- 
teresse de Tineet il en receu une bourse ou cinq cents 
écus de gratification. Ce même jour, Kasa Moustafa 
Pacha, à qui le Grand Vesir avoit donné la dignité 
de Serasker ou Général, partit avec un détachement 
que l'on avoit fait de l'armée ; on luy donna quinze 
pièces de campagne et cinq petits mortiers à bombes, 



— 9 — 
parce que la grosse artillerie qu'on avoit envoyée par 
mer, de Constantinople à Negrepont, n'étoit pas 
encore arrivée au camp. 

Le î6^y Yussouf Pacha partit aussi^ ayant esté 
choisi pour commander l'avant-garde de Parmée du 
Grand Vesir. 

Le 17**, l'Aga des Janissaires se mit en marche; 
le 1 8«, les Gebegis, et le 1 9*, les Toptzis le suivirent. 

Le i8<^, on amena au camp de Thebes un espion, 
grec de nation, qui avoit été pris à Negrepont; il dit 
que le Général Delfino étoit arrivé le 8 de ce mois de 
juin à un port qui est à deux lieues de Napoli de 
Romanie, avec sept vaisseaux et dix galères ; que sur 
chaque vaisseau il y avoit trois cents soldats destinez 
pour secourir cette place ; que ce Général luy avoit 
promis deux cents écus s'il venoit au camp ottoman 
voir ce qui s'y passoit, et qu'ensuite il lui en rendist 
compte; qu'il étoit parti de ce port le 11^, mais 
qu'on n'avoit pas encore débarqué les troupes; qu'il 
avoit oui dire qu'il n'y avoit que mille hommes de 
garnison dans Napoli et trois cents au mont Pala- 
mida, de sorte que la garnison de cette place, suivant 
le récit de ce Grec, n'auroit dû être que de trois mille 
quatre cents hommes, y compris le secours. 

Le 21^, Le Grand Vesir partit du camp de Thebes; 
on marcha pendant une heure et demy dans des 
plaines ; on entra ensuite dans les montagnes, qui 
forment un défilé assez étroit d'environ deux lieues ; 



— 10 — 

en sortant de ce défilé on laissa sur la gauche une 
petite montagne qui est détachée des autres^ sur 
laquelle il y a quelques restes d'une ancienne forte- 
resse, et on campa demy lieue de là, dans une plaine 
appelée Mazi, stérile et bordée de grandes montagnes 
qui n'ont que le pur roc. On avoit fait creuser un 
assez bon nombre de puits afin que les troupes ne 
manquassent pas d*eau; on trouva aussi quelques 
petites sources de très-bonne eau dans les montagnes; 
celle des puits était aussi très bonne. Ce même jour, 
le Grand Vesir reçut avis de l'Aga des Janissaires 
qu'il manquait de vivres : sur le champ il fit prendre 
presque tous les chameaux et mulets de Parmée et 
luy en envoya une grande quantité. Le lendemain on 
séjourna dans ce même camp. . 

Le 2;«, le Grand Vesir partit avec sa maison et une 
partie des troupes, le reste n'ayant pu suivre, non plus 
que la plus grande partie des équipages de ce Minis~ 
tre, à cause qu'on avoit pris leurs chameaux et leurs 
mulets. On marcha pendant quatre hetires par des 
montagnes arides, on entra ensuite dans un défilé fort 
étroit d'environ une heure de chemin, d'où l'on des- 
cendit dans la plaine de Megare, et on campa à une 
lieue en deçà de cette forteresse, qui est sur le rivage 
du golfe d'Egnia. Comme il n'y avoit point d'eau dans 
cette plaine, on avoit fait creuser quantité de puits du 
côté de la mer, mais l'eau en étoit salée ; il y en avoit 
deux autres que l'on avoit fait creuser du côté des 



II 



montagnes qu'on avoit passé, dont l'eau étoit bonne, 
mais elle ne pouvoit pas suffire pour toutes les troupes, 
quoyqu'elles ne fussent pas en grand nombre. 

Le 24, on marcha pendant une heure et demy dans 
la plaine de Megare en tirant vers l'occident; les mon-* 
tagnes qui bordent cette plaine de costé et d'autre se 
joignent à cet endroit là. Aprez avoir marché une 
heure et demy par ces montagnes, qui sont très*4iautcs 
et couvertes de pins , on apperceut en bas le golfe de 
Lepante ; on marcha encore une heure par un défilé 
difficile, et par lequel on avoit bien de la peine à faire 
passer la grosse artillerie, dont chaque pièce était traî- 
née par quinze à dix-huit paires de bufles. Quand on 
eut atteint le haut de la montagne on vit sur la gauche 
le golfe d'Egnia ; on marcha pendant une heure à my 
coste d'une montagne très haute qui étoit sur la droite, 
et après une marche d'une heure et demy par des 
montagnes couvertes de pins, on campa sur ces mêmes 
montagnes en un lieu appelle Mersinlik, où il y a une 
petite source d'eau au bas de laquelle on avoit eu la 
précaution de faire un grand réservoir, que l'on fut 
obligé de faire garder afin que l'eau ne fust point éi$^ 
sipée. 

Pendant la marche, on amena au Grand Vesir trois 
hommes que Kara Moustafa Pacha avoit surpris du 
costé d'Argos avec des dépêches de M. le Général 
Delfino, pour M. Alexandre Bon, Provediteur Général 
de la Morée ; elles étoient écrites de Porto Climeno 



— 12 — 

du i8 et 20^ Juin. Ce Général marquoit au Provedi- 
teur que la nouvelle qu'il luy avoit mandée que Par- 
mée navale des Turcs avoit quelque dessein sur i'isle 
deTineméritoit confirmation, parce qu'elle n'estoit pas 
conforme à celles qu'il venoit de recevoir des Repré- 
sentants qui étoient de ce côté là. Il luy marquoit 
aussi de l'avertir de tout ce qui pourroit venir à sa con- 
noissance, et surtout^ disoit-il, dez que l'armée navale 
des Turcs paroltra sur le cap Colonne, faites-le moy 
sçavoir en toute diligence. Il marquoit encore qu'il 
apprenait que l'armée de l'Empereur étoit en pleine 
marche du côté de la frontière de Hongrie, et que 
cela étoit encore cause que le Grand Vesir n'estoit 
^pas venu du côté de la Morée et que les troupes otto- 
manes n'estoient pas si nombreuses. Il paroissoit 
aussi par ces mêmes lettres que ce Général comptoit 
sur la bravoure des Grecs de la Morée, car il recom- 
mandoit au Général Bon d'empécber que les /partis 
des Grecs ne s'exposassent trop, ajoutant qu'il devroit, 
avec de bonnes manières, arrester leur trop d'ardeur. 
Le reste des lettres estoit en chiffres, mais elles prou- 
voient pourtant manifestement que ce que l'espion 
grec avoit dit étoit faux, et que ce Général n'a voit 
point esté du côté de Napoli de Romanie. Un particu- 
lier écrivoit à un de ses amis à Napoli que l'Empe- 
reur amusoit la République de Venise et qu'il n'y 
avoit nulle apparence qu'il entreprist cette année 
quelque chose en leur faveur; d'autres particuliers 



— 13 — 

marquoient que Parmée navale de la République seroit 
de trente bons vaisseaux de ligne, et en meilleur estât 
que celle des Turcs. 

Le 25, après une heure et demy de marche par des 
montagnes moins rudes que celles que l'on avoit passé 
le jour précédent, on descendit dan» l'isthme de 
Corinthe du coté du golfe de Lepante, et après avoir 
marché deux heures le long de ce golfe, on laissa 
Corinthe sur la gauche, et sur la droite un petit fort à 
quatre bastions minés, et on campa dans la plaine 
un peu au delà de Corinthe, sur le rivage de ce même 
golfe qui est à une lieue et un quart de cette place. 
L'Aga des Janissaires étoit campé sur le même 
rivage à demy lieue du camp du Grand Vesir. On 
appelle l'isthme de Corinthe Eximilion , parce qu'il 
a six milles de large depuis le golfe de Lepante jus- 
qu'à celui d'Egnia ; on y voit un reste de fossé revêtu 
de pierre. Du côté du golfe de Lepante la campagne 
est très-unie, mais du côté du golfe d'Egnia il y a 
quelques hauteurs qui en dérobent la vue. Il n'y a 
point de ruisseau ni de sources d^eau dans cette 
plaine , mais en creusant seulement quatre ou cinq 
pieds en terre on y trouve de l'eau assez bonne. Ce 
même jour, le Grand Vesir tint conseil de guerre, et il 
fut résolu qu'on assiégerait Corinthe. L'Aga des Janis- 
saires, Sari Ahmed Pacha, Yussouf Pacha, le Kiaya 
du Grand Vesir, le Reis Effendi et plusieurs autres 
officiers du corps des Janissaires allèrent reconnaître 



— 14 — 

la pbce : elle est bâtie sur deux grosses roches escar - 
pées jointes 'ensemUe^ qui s'élèvent au*dessus de 
quelques montagnes qui forment une croupe du côté 
du Midy, par où cette place peut estre attaquée; 
outres les fortifications qu'il y a de ce côté là, il y a 
au pied de la roche un grand fossé qui rend encore 
cet endroit de plus difficile accez. 

Le 26, au soir, le Grand Vesir donna le Caftan à 
Sari Ahmed Pacha, qu'il chargea de la conduite du 
siège de cette place, et il nomma le Zagargi Bachi 
pour commander les Janissaires destinez pour cette 
entreprise. 

La nuit du 27, les troupes s'approchèrent de la 
place à la faveur d'un rideau qui les couvroit, et se 
retranchèrent sur une hauteur qui est du cfttédu Midy 
et à la portée du canon de la place. 

Le 28, le Grand Vesir fit sommer le Provediteur de 
Cmnthe de se rendre; voici la traduction de l'écrit 
qu'il envoya par un officier au Commandant : 

« Moy^ qui suis premier Ministre et Généralissime 
<( du plus puissant Empereur de T Univers et le plus 
<c éminent parmy les Monarques du Monde, je vous 
a signifie à vous, qui estes dans la forteresse de 
« Corinthe en qualité de Commandant vénitien, que 
« si vous rendez la forteresse qui appartient ab antico 
« à nôtre très-f uissant Empereur, les sujets qui se 
« trouvent dedans seront traitez de la même manière 



- 15 — 

'( que nos véritables et fidèles sujets sont traitez. 
Cl qu'ils jouiront en toute liberté de leurs biens, 
« meubles et immeublesy et qu'ils ne seront point 
« inquiétez en leurs femmes, enfants et autres choses. 
M Quant à vous, qui estes le Commandant vénitien de 
« la forteresse, vous serez inviolablement conservé 
a avec toute votre garnison, suivant ce qui sera sti- 
« pulé dans les articles dressez à la rédition de la 
t( forteresse. Et si, au contraire^ par une opiniâtreté 
« mal entendue^ vous vouliez vous opposer aux 
(( armes invincibles de notre puissant Empereur^ 
« sçachez qu'avec l'assistance de Dieu nous envahi- 
<( rons la forteresse; nous ferons passer au fil de 
« l'épée tous les hommes qui se trouveront dedans 
« et toutes les femmes seront faites esclaves, parce que 
<( vous n'aurez pas voulu accepter les offres favo- 
<c râbles qui vous ont esté faites de notre part; et 
« vous serez responsable au Ciel, d'une part, du sang 
« répandu, et, de l'autre, de l'esclavage des femmes, 
« la faute ne pouvant» en aucune manière, en être 
(( imputée à notre personne, d 

Le Sceau du Grand Vesir était au haut de cet écrit. 

Le Provediteur lui répondit sur le champ en ces 
termes : 

<( A vous, qui estes le premier Ministre de la Porte 
a ottomanne, sçachez que nous, avec toute la milice 



— i6 — 

c< et babitans de ia forteresse de Corinthe, sommes 

« résolus de ia maintenir; ainsi vos menaces sont 

« inutiles, puisque nous sommes prêts à repousser 

« toutes vos attaques^ et que^ nous confiant en l'asis- 

« tance de Dieu , nous voulons conserver ce poste à 

V la Sérénissime République; Dieu est avec nous. 

« Signé : Giacomo Minktto, Proveditore 

4 

Générale. » 

Pendant la journée, on tira de la forteresse quelques 
coups de canon aux retranchements des Turcs ; 
ceux-ci dressèrent à l'entrée de la nuit une batterie 
de quelques pièces de campagne et de cinq petits 
mortiers à bombe, parce que la grosse artillerie 
n'estoit pas encore arrivée; ils tirèrent quelques 
bombes sur la place, et la nuit se passa à tirer de part 
et d'autre quelques volées de canons ; pendant lequel 
tems les Janissaires Serdenghetztis, ou enfans perdus, 
se logèrent à la portée du fusil de la place. 

Le 29 au matin, cinq Janissaires apportèrent au 
Grand Vesir une tète d'homme à grande barbe ^ 
disant qu'ayant rencontré sept soldats sortis de la 
place pendant la nuit, ils les avoient attaqués, qu'un 
d'eux, d'un coup de fusil, en avait tué un, dont ils 
aportoient la tète, et que les autres s'estoient retirés 
dans la place ; le Grand Vesir fit donner deux cent 
cinquante écus à celuyqui disoit avoir tué le soldat et 



— 17 — 

fit distribuer deux cent cinquante écus aux autres 
quatre Janissaires. 

Le 30, on tira quantité de coups de canons de part 
et d'autre ; les Turcs tirèrent aussi quelques bombes, 
mais ni leurs bombes ni leur canon ne firent aucun 
effet, non plus que le canon de la place. On dressa 
pendant la nuit une batterie de gros canons et une 
autre de gros mortiers à bombes, qui, à la pointe du 
jour, qui étoit le i^' juillet, commencèrent à battre 
la forteresse, ruinèrent presque toutes les maisons 
et démontèrent quelques pièces de canons de la 
place. 

Le 2^ juillet, les Turcs continuèrent à faire un grand 
feu contre la place,, mais avec assés peu de succez, 
de sorte que le Grand Vesir résolut de la prendre par 
escalade, malgré les difficultés qui s'y rencontroient 
à cause de la situation, et l'on transporta dans les 
retranchemens quantité d'échelles que l'on avoit fait 
faire pour cet effet ; mais vers le soir la place arbora 
le pavillon blanc, et deux officiers en sortirent en 
même tems pour parlementer avec le Beiglerbeig. 
Le Grand Vesir en ayant esté averti envoya aussitôt 
le Reïs Effendi et ne donna que trois heures de tems 
au Provediteur pour remettre la place. 

Le 3® au matin, le Reïs Effendi revint : il rapporta 
que pendant la nuit les Vénitiens avoient consigné les 
portes et les poudres à quelques officiers des Janis- 
saires, et qu'à la pointe du jour le Zagargi Bachi étoit 



— i8 — 

entré dans la place ; le Rds Bffendi avoit fait remettre 
au Provediteur une déclaration du Grand Vesir, par 
laquelle il promettoit de faire transférer à Corfou le 
Provediteur et toute sa garnison, et que les habitans 
ne seroient point inquiétez en leurs personnes ni en 
leurs biens. Le Grand Vesir prit ensuite la résolution 
d'envoyer le Provediteur et la garnison à Egnia, en 
attendant qu'il y eust des bâtimens pour les faire 
transporter à Corfou. La garnison n'estoit composée 
que de quatre cents soldats; il n'y avoit qu'environ 
trente-cinq pièces de canons en fer, et presque point 
de canoniers pour les servir; il y avoit aussi environ 
deux cents habitans grecs et quantité de femmes qui 
s'y étoient réfugiées des lieux circon voisins. Quantité 
de Janissaires, qui ne font la campagne que pour 
piller, murrauroient de ce qu'on ne leur avoit pas per- 
mis le pillage de la place, et cela fut cause qu'on en 
ferma les portes et qu'on ne leur permit pas d'y 
entrer. Cependant, vers le Midy, on aperceut du camp 
une grande fumée à la forteresse, et un moment aprez 
on aprit qu'environ deux mille Janissaires, plus avides 
au pillage que les autres, étant entrez dans la forte- 
resse par les murailles et fouillant de toutes parts, une 
partie des poudres avoit pris feu, ce qui en fit périr 
plusieurs ; alors les autres, mettant le sabre à la main, 
tuèrent quantité de soldats vénitiens, disant que 
c'estoient eux qui avoient mis le feu aux poudres. 
Le Zagargi Bachi ne pût pas apaiser le tumulte, qui 



— 19 — 

devint si grand que dans un moment toute la forte- 
resse fut pillée et généralement tous les hommes^ 
femmes et enfans enlevez. Le Grand Vesir fit ramas- 
ser autant qu'il fut possible les soldats et officiers 
vénitiens, mais on rendit presque tous les habitans 
grecs, hommes, femmes et enfants. Ce même jour, 
les Janissaires du Caire arrivèrent au camp. 

Le 4* juillet on apprit des habitans grecs de 
Corinthe que M. Jacques Minetto(i), Proveditear 
général de cette place, avait péri dans le tumulte, et qu'il 
avait fait couper la tète à un Grec qui portoit la barbe, 
et qu'il l'avoit faite jetter hors des murailles de la 
place, parce qu'il avoit esté surpris avec une reqaeste 
que les Grecs écrivoient au Grand Vesir pour lui 
représenter qu'ils avoient esté forcés par le Provedi* 
teur de s'enfermer dans la place, et pour le prier de 
vouloir les regarder comme fidelles sujets de la Porte. 
Ce qui fait croire que cette tète était cell-là même que 
les Janissaires avoient apporté au Grand Vesir, d'au- 
tant plus que l'on sçavoit d'ailleurs qu'il n'estoit péri 
aucun de ceux qui étoient dans la place par le feu 
des Turcs. Ce même jour, le Grand Vesir fit con- 
duireàEgnia M. Bembo, Provediteur ordinaire de cette 
place, avec environ cent quatre-vmgt soldats, quelques 



(i) J'ay appris que M. Minetto a esté rachetté à Smirne par 
M. le* Consul de Hollande. Un soldat des troupes asiatiques s'estoif 
saisi de luy dans le saccageaient de Corinthe. 



— 20 — 

officiers et femmes vénitiennes de la garnison qu'on 
avoit ramassez pour estre ensuite transportez à Cor^ 
fou ; ils étoient escortez par deux cents Janissaires* 
Ce premier ministre fit expédier en même tems des 
commandements adressez à tous les commandants 
des ports de mer et gardes des défilez, portant que 
l'on arrestast et que l'on renvoyast au camp tous les 
Vénitiens et sujets grecs qui avoient esté faits esclaves 
sous de vains prétextes, parce que, la forteresse de 
Corinthe s'estant rendue par composition, ceux qui 
etoient dedans ne dévoient pas par conséquent estre 
faits esclaves. Nonobstant cela, on vendit publique- 
ment dans le camp les hommes, les femmes et les 
enfants grecs que l'on avoit pris dans Corinthe, et 
l'on donnoit des pengiks ou signalements en payant le 
droite ce qui rendoit légitime la vente que l'on faisoit 
de ces esclaves. Plusieurs croient que le Grand Vesir 
n'en a agi de cette manière que pour ne point dégoû- 
ter les Janissaires. Ce même jour, le Grand Vesir fit 
couper la tête devant sa tente à Suleiman Pacha dit 
Bozoglou, gouverneur de Zelifké, parce qu'il étoit 
arrivé trop tard, n'ayant pas voulu luy accorder la 
grâce qu'il dem^mdoit qu'on se contentast de l'étran- 
gler le soir sans bruit. Le Grand Vesir donna en 
même temps la dignité de Pacha et deux queues à 
Topai Osman Aga, PandirBachi ou grand Voyer d'Al- 
banie. Les sujets grecs de la Morée, après la redition de 
Corinthe, vinrent de toutes parts se soumettre, et le 



— 21 — 



Grand Vesîr leur fit expédier des ordres afin qu'ils ne 
fussent point inquiétez. 

Le 5 , le Grand Vesir donna le gouvernement de 
Corinthe à Moustafa Pacha, gouverneur de Teké, 
qui étoit à Lepante ; et Maktoul Oglou Ali Pacha fut 
commandé pour aller du costé de Napoli avec trois 
mille hommes qu'on joignit à ses troupes. 

Le 6 au matin, les Janissaires du Caire passèrent 
en revue devant le Grand Vesir au nombre de deux 
mille : ce sont les seules troupes turques qui marchent 
avec quelqu'ordre. 

Le 7^, le Koul Kiayassi ou Lieutenant Général des 
Janissaires fut déposé de son employ et fait Aga des 
Janissaires destinez pour la garde de Corinthe, en 
punition, dit-on, de ce qu'il avoit esté de sentiment 
qu'on ne fist pas le siège de cette place, mais qu'on 
allast droit à Napoli de Romanie, en laissant quelques 
troupes à Corinthe pour la bloquer. LeZagargi ^achi, 
qui commandoit les Janissaires au siège de cette 
place et qui avoit esté d'opinion qu'on l'assiegeast, 
fut fait Koul Kiayassi à sa place. 

Le 8°, on ota à Chehsouvar Oglou Mehemmed 
Pacha le Beiglerbeiglik de l'AnatoIie pour le donner 
à Turk- Ahmed Pacha; et les gouvernements d'Adena 
etd'Aydin,que celuy-cy avait, furent donnés à Cheh- 
souvar Oglou. Ahmed Aga Seliktar Agassi ou Com- 
mandant des Sipahis de la Cornette jaune pria le 
Grand Vesir de donner son employ à un autre et de 



— 22 — 



luy permettre de le servir en qualité de volontaire, ce 
qui luy ayant été accordé, Ahmed Aga, ci-devant 
Kiaya de Sulisman Pacha, fut mis à sa place. Vers le 
soir, le Grand Vesir fit couper la tète à huit des princi- 
paux Grecs habitants de Corinthe, dont quelques uns 
avoient esté rachettez par des chrétiens charitables 
qui leur avoient donné la liberté. 

Le 9% le Grand Vesir partit du camp de Corinthe, 
et, aprez avoir marché pendant quatre heures dans des 
vallons bordés de montagnes arides et arrosés d'un 
petit ruisseau qu'il fallut passer et repasser plusieurs 
fois, il campa auprès d'un village appelé Agios Vas- 
silit où il y a quelques sources d'assez bonne eau, 
quoyque marécageuse. 

Le io«, on passa un défilé d'environ deux heures, 
au sortir duquel on entra dans la plaine d'Argos ; 
mais, 9Û lieu d'aller du costé de Napoli de Romanie, 
qui était sur la gauche, on tira vers Argos, qui est sur 
la droite à trois heures de chemin de ce défilé. On 
traversa ce bourg, qui est environ à deux lieues de la 
mer^ que les habitans avoient abandonné, et on alla 
camper demy lieue au delà. On voit encore aujour- 
d'huy^ sur une montagne qui est à droite du bourg, un 
château ruiné, et, dans la descente, quelques pans de 
muraille qu'on dit estre de l'enceinte de l'ancienne 
ville d'Argos. Ce même jour, le Kiaya du Grand 
Vesir^ le Reis Effendi, l'Aga des Janissaires, et quel- 
ques Pachas, allèrent^ avec quatre mille cavaliers, 



— -23 — 

reconnoitre Napoli. On leur tira de cette place quel- 
ques coups de canons. Il y a de Corinthe à Napoli, 
par le droit chemin, six lieues. 

Le 1 1«, on repassa par le bourg d'Argos, et, aprez 
deux heures de marche, on campa à une lieue et 
demy de Napoli de Romanie. On voyoit sur la gauche 
quelques vieilles masures que les habitans disent éstre 
des restes de l'ancienne Mycene. Ce même jour, le 
Grand Vesir tint un conseil où il fut arresté qu'on 
attaqueroit cette place ; on fit en même tems la prière 
pour implorer le secours du Ciel pour cette entreprise. 
Les Serdenghetztis ou enfants perdus s'approchèrent 
de la place du costé de la marine, où il y avoit un 
retranchement gardé par quelques troupes vénitiennes; 
ils firent prisonniers deux soldats grecs qui étoient 
sortis de la place avec quelques autres de leurs cama- 
rades pour reconnoistre les troupes ottomanes ; l'un 
étoit natif de Napoli, et l'autre de l'isle de Zante. Ils 
dirent que dans la place il y avoit quatre mille soldats 
étrangers de bonnes troupes et environ neuf mille 
Grecs natifs de Napoli, d'Athènes, de Negrepont et 
d'autres endroits. On prit aussi un soldat françois, qui 
dit qu'il n'y avoit dans la place que douze à quinze 
cents soldats étrangers et trois à quatre mille hommes 
de milices grecques. Il dit encore qu'il y avoit dans 
la place un ingénieur espagnol qui assuroit que la 
place étoit en estât de se défendre pendant trois mois. 
Le Grand Vesir envoya ce jour là ordre à Kara Mous- 



— 24 — 

tafa Pacha d'abandonner l'entreprise dt Castel et de 
venir en ce camp parce qu'il étoit impossible de faire 
passer Tartillerie par le défilé de Tria Stena. Le pain 
et la viande étoient très rares, aussi bien que l'orge 
pour les chevaux ; et si les Vénitiens avoient eu la 
précaution de brûler tous les grains de la campagne 
de Corinthe, d'Argos et de Napoli, au lieu de les lais- 
ser comme ils avoient fait, on auroit eu bien de la peine 
à faire subsister la cavalerie. Les puits qu'on fit creuser 
dans tous les quartiers de l'armée fournirent toute 
l'eau nécessaire, et une eau très bonne et très fraîche. 
Le 1 2«y on harcela pendant un très long tems les 
troupes vénitiennes qui étoient au-dessous de la 
place du costé de la marine, ce qui les obligea de se 
retirer dans la ville ;• on détourna en même tems 
Teau qui couloit dans la ville ; c'est à quoi les assiégez 
dévoient bien s'attendre. Un Janissaire apporta au 
Grand Vesir un étendard qu'il avoit enlevé, disoit-il, 
aux Vénitiens qui étoient sous la place, avec un de 
ses camarades qui avoit esté tué, disoit-il, dans cette 
occasion. Le Grand Vesir luy fit donner cinquante 
écus et luy mit de sa main un tzelenk ou aigrette 
d'argent au turban pour marque de sa bravoure. Il fit 
donner aussi trente sequins à un cavalier qui avoit pris 
le Janissaire en croupe, pour empêcher, à ce qu'il 
disoit, que les autres Janissaires ne luy enlevassent 
Tétendard. Ce qui est arrivé à Corinthe à l'égard de 
la tête persuade aisément qu'il ;f a de la supercherie 



— 25 — 

de ia part du Janissaire, parce que cet étendard res- 
sembloit trop à une bannière d'église pour douter 
qu'elle ne le fust effectivement. Ce Janissaire Pavoit 
sans doute trouvée dans quelque église a Corinthe ou 
aux environs de Napoli. 

La nuit du 12 au 13, les Janissaires et autres 
troupes ottomannes commandées par Turk Ahmed 
Pacha et le Zagargi Bachi ouvrirent la tranchée dans 
la plaine à la portée du canon de la ville de Napoli et 
la conduisirent vis-à-vts du bastion qui est à la 
marine et au pied du mont Palamida; ils dressèrent 
aussi dans cette même nuit une batterie de plusieurs 
pièces de canons pour battre ce bastion et la ville. Les 
troupes qui étoient allées sur le mont Palamida, sous 
le commandement de Sari Ahmed Pacha, de l'Aga des 
Janissaires et du Koul Kiayassi, ne trouvèrent pas la 
même facilité et ne purent point ouvrir la tranchée à 
cause que la montagne est toute de roc; elles se 
mirent à couvert derrière un rideau qui est à la portée 
du canon des ouvrages qui sont sur ce mont, et plu- 
sieurs Janissaires se répandirent sur la croupe de cette 
montagne et se mirent à couvert derrière les rochers. 
Sur le soir il y eut grand feu de mousqueterie de part 
et d'autre. Ce même jour, le Grand Vesir envoya un 
écrit par un Aga au Provediteur de Napoli pour le 
sommer de se rendre, ainsi qu'il avait fait à celuy de 
Corinthe ; mais ce Provediteur, dit- on, renvoya l'Aga 
sans le voir ni recevoir l'écrit. 



— 26 — 

Pendant la nuit du 1 3 au 14 on traisna cinq pièces 
de canons sur le mont Palamida ; mais il fut impos- 
sible de les mettre en batterie à cause du grand feu 
4u'on faisoit des ouvrages qui sont sur ce mont. Le 
matin on amena au Grand Vesir un Grec travesti à la 
.turque^ que les Janissaires avoient pris. Il dit d'abord 
qu'il s'estoit travesti pour passer sûrement et se jetter 
du costé des Ottomans ; mais^ dans le tems qu'on l'en- 
voyoit à la torture, il déclara que le commandant en 
second de la place Pavoit envoyé pour voir ce qui se 
passoit dans le camp ; il dit qu'il y avoit environ dix 
mille hommes de troupes en tout dans la place. Vers le 
midy, comme les Janissaires et Sipahis Serdenghetztis, 
ou enfans perdus^ qui étoient sur le mont Palamida^ 
souffroient beaucoup de l'ardeur du soleil, et qu'ils 
étoient d'ailleurs ennuyez de se voir exposés au feu 
des ouvrages avancez de ce mont, ils les attaquèrent 
sans estre commandez et se rendirent maistres d'une 
petite redoute où il y avoit une quarantaine de soldats 
et du chemin couvert du bonnet quarré ou double te- 
naille. Les Vénitiens, en se retirant du chemin cou- 
vert, firent jouer deux fourneaux qui obligèrent d'a- 
bord les Jannissaires et autres troupes ottomanes de 
se retirer; mais, comme aucun d'eux n'en souflFrit au- 
cun mal, ils y rentrèrent de nouveau et y plantèrent 
leurs étendards. Cependant les assiégez faisoient un 
feu continuel de la tenaille^ où ils avoient sept pièces 
de canons et trois mortiers à bombes, de sorte que 



— 27 — 

les troupes ottomannes furent obligées de se mettre 
dans le fossé et contre la muraille qui soutenoit à côté 
les terres du glacis , pour estre à couvert de la mous- 
queterie, des grenades, des pierres, des feux d'arti- 
fices et de quelques bombes assez petites qu'on tiroit 
sur elles. Les Janissaires tt Sipahis^ voulant venger la 
mort de leurs camarades, dont il étoit resté bon nom- 
bre sur la place , demandèrent des échelles pour esca* 
lader la tenaille, sans considérer que la profondeur du 
fossé rendoit la chose impraticable. On ne laissa pas 
de leur envoyer une centaine d'échelles sur le soir, et 
on fit marcher presque toute l'infanterie qui étoit 
restée dans le camp ; mais il leur fut impossible de 
mettre en exécution leur dessin ; la soirée et toute la 
nuit se passèrent à tirer de part et d'autre des coups 
de fusil. On assure qu'il y eut dans cette occasion de 
la part des Turcs environ deux mille hommes de tuez 
et beaucoup de blessez. 

L'aprez midy, le Kiaya du Grand Vesir et le Defter- 
dar^ ou Grand Trésorier, allèrent au mont Palamida 
pour y demeurer pendant le siège : le premier en qua- 
lité de Lieutenant du Grand Vesir, et l'autre pour dis- 
tribuer les gratifications que l'on donne aux braves et 
aux blessez. Ce même jour le Grand Vesir envoya un 
contr'ordre à Kara Moustafa Pacha et luy enjoignit 
d'aller faire le siège de Castel^ sur ce que les habitans 
des environs du défilé de Tria Stena luy avoient pro- 
mis d'en raccommoder les chemins. Il ordonna en 



— 28 — 

même tems aux troupes du Caire qui estoient restées 
auprez de Corinthe d'aller avec ce Serasker. 

La nuit du 14 au 15 les Turcs dressèrent une bat- 
terie de cinq pièces de canon ^ un peu au-dessus du 
rideau derrière lequel ils s'estoient mis à couvert, et 
pendant le jour on se canomia de part et d'autre, tant 
du costé de ce mont que du côté de la plaine, sans 
qu'il se passast rien de considérable. L'aprez midy, la 
plus grande partie de la flotte ottomanne vint mouiller 
à l'occident de Napoli de Romanie , hors de la portée 
du canon de cette place. 

La nuit du i j au 1 6, les Turs tirèrent quelques 
bombes ; mais le canon et la mousqueterie ne discon- 
tinuèrent point de tirer de part et d'autre, avec cette 
diférence cependant que sur le mont Palamida le feu 
des assiégez incommodoit beaucoup les Janissaires, qui 
étoient pour ainsi dire à découvert. Le matin le Capi- 
tan Pacha vint au camp et demeura un très-long tems 
avec le Grand Vesir; le soir il se rembarqua, aprez 
avoir fait mettre à terre dix- sept grosses pièces de 
canons et quelques mortiers; Tun desquels tenait, 
disoit-on^ des bombes pesant 390 ocques. 

Le 17 et le 18 on continua de tirer de part et 
d'autre ; le feu des assiégez devint plus considérable à 
cause qu'ils augmentèrent de trois pièces de gros ca- 
non la batterie qu'ils avoient sur le mon Palamida, et 
qu'ils en dressèrent une seconde pareillement de gros 
canons à l'attaque de la marine ; malgré tout cela, ils 



— 29 - 

ne firent aucun progrès. Les Janissaires furent obligés 
de se retirer du chemin couvert et de se mettre der- 
rière la petite redoute, où l'on avoit fait un retranche-' 
ment avec des balles de laine ; leur opiniastreté à ne 
vouloir point retirer leurs étendards de cet endroit là 
leur coûta bon nombre de leurs camarades ; on pré- 
tend qu'il y en eut environ cinq mille de tuez et une 
infinité de blessez. Depuis le 17 les mineurs travail* 
loient à faire une mine au-dessous de la tenaille. On 
amena au camp, le même jour 1 8, un soldat natif des 
estats du Pape qui s'estoit sauvé de l'armée navale 
des Vénitiens. Il dit qu'elle étoit composée de vingt- 
neuf vaisseaux , dont il y en avoit douze de quatre- 
vingts pièces de canon et armés de sept cents hommes, 
et que les autres n'estoient que de quarante à cin- 
quante pièces de canon et mal armez; il ajouta qu'il y 
avoit vingt-quatre galères et deux galéasses. On 
compte que le Grand Vesir a fait distribuer 2 50 bourses 
^e gratification jusqu'à ce jourd'huy 1 8® juillet. 

La nuit du 18 au 19 les Turcs dressèrent une bat- 
terie de trois canons à my coste d'une montagne, vis- 
â-vis du mont Paiamida, qui commençoit au jour à 
tirer sur un demi bastion détaché qui est sur ce même 
mont. Ce même jour le Capitan Pacha vint au camp 
et se rembarqua sur le soir. Le feu de l'artillerie des 
Turcs redoubla et celui des assiégez diminua considé- 
rablement. 

Le 2o<, à six heures du matin, les Turcs firent jouer 



— ^a — 

la mine que l'on avoit faite sous la tenaille, laquelle ne 
fit pas un grand effet, n'ayant fait sauter qu'un pan de 
muraille de cet ouvrage du côté de la mer, qui est 
escarpé. Cependant les Vénitiens qui étoient au mont 
Palamida ne se défendirent presque plus aprez cela et 
ne songèrent qu'à se retirer dans la ville, abandon- 
nant plusieurs bons bastions et forts qui n'avoient 
presque point esté battus; les Turcs les poursuivirent 
jusqu'au fossé qui sépare le mont Palamida de la ville, 
où, étant joints par ceux qui étoient à l'attaque de la 
marine, ils traversèrent un grand fossé assez profond 
et rempli d'eau bourbeuse pour s'aller placer sur la 
berme, d'où ils entrèrent dans la ville en grimpant les 
murailles sans aucune résistance de la part des Véni- 
tiens, quoyque le fossé fut défendu par plusieurs pièces 
de canon chargées à cartouches. Le Général Bon, qui 
étoit dans la ville avec le général Zaco, avoit fait ar- 
borer le pavillon blanc dès que Palamida avoit été 
abandonné, croyant par là se mettre à couvert de 
toute insulte; mais il n'y fut pas à tems^ tout fut au 
pillage dans la ville et tous les habitans furent faits 
esclaves ou tuez. On assure qu^il y a eu environ vingt- 
cinq mille personnes faites esclaves. On amena au 
Grand Vesir environ mille hommes du mont Palamida 
et de la ville, à qui il fit couper la tète devant sa 
tente après les avoir rachetés, en donnant à ceux qui 
les avoient fait esclaves environ trente écus de chaque 
personne; mais il ordonna qu'on épargnât les jeimes 



— 3» — 

garçons et les personnes du sexe. Il fit aussi défense 
à tous chrétiens, juifs et autres non Turcs, d*achetter 
aucun esclave sous peine de la vie. M. Balbi, gouver- 
neur du château de Mer, suivit l'exemple de la ville, 
et il arbora aussi le pavillon blanc et ouvrit les portes, 
c'est-à-dire que les troupes ottomannes se rendirent 
maîtres du mont Palamida, de la ville de Napoli et 
du château de Mer environ en deux heures de tems. 
M. Balbi fut conduit au Kiaya du Grand Vesir, qui le 
fit mettre à la chaine chez le Mugzur Aga avec le 
Général Zaco. On trouva sur M. Balbi mille sequins 
vénitiens. 

Il y a eu environ huit mille Turcs de tuez et envi- 
ron six mille de blessez au siège de cette place ; on 
n'en doit pas attribuer le succez à la conduite des 
généraux ottomans : car, pour ne rien dire du Grand 
Vesir, qui, dans un conseil que l'on tint à Thebes 
avoit lui-même déclaré, sans doute par une fausse mo- 
destie, ainsi qu'on l'a pu reconnoître dans la suite, 
que, comme c'étoit sa première campagne, son senti- 
ment ne doit estre regardé que comme celuy d'un sim- 
ple particulier, et qu'il laissoitle soin des affaires de la 
guerre aux officiers généraux et expérimentés, se 
réservant seulement celuy de bien récompenser ceux 
qui feroient leur devoir, Sari Ahmed Pacha Beigler- 
beig de Romelie, l'Aga des Janissaires, le Koul- 
kiayassi et les autres principaux officiers étoient tou- 
jours derrière le rideau, sans qu'ils se missent en peine 



— 52 — 

de commander les troupes ni de les contenir quand 
elles attaquèrent les ouvrages du mont Palamida ou 
qu'elles s'opiniastroîent à vouloir les conserver à leur 
grand désavantage. Ces troupes, agissant d'elles- 
mêmes sans estre commandées, avoient commencé 
d'estre rebutées, et si les Vénitiens n'avoient point 
abandonné le .mont Palamida comme ils firent, ils 
auroient pu au moins obtenir une capitulation hono • 
rable. En effet, une infinité de Janissaires commen- 
çoient à se cacher dans les montagnes voisines, et 
plusieurs murmuroient déjà hautement de ce qu^ le 
Grand Vesir demeuroit au camp sans se soucier d'ani- 
mer les troupes par sa présence. Le Kiaya et le Def- 
terdar se tenoient dans un lieu éloigné des attaques, 
et les troupes ottomanes qui étoient à l'attaque de la 
plaine, sous le commandement de Turk Ahmed Pacha 
Beiglerbeig d'Anatolie et le Zagargi Bachi, ne firent 
pas le moindre mouvement pour venir au secours de 
celles de l'attaque du mont Palamida lorsqu'elles 
poursuivoient les Vénitiens, et ne se déterminèrent 
à marcher pour les rejoindre que quand elles virent 
que la ville de Napoli ne faisoit aucune résistance. Le 
Gebegi Bachi, qui avoit esté secrétaire dans la chan- 
cellerie et qui n'avoit jamais commandé de troupes, 
resta toujours dans son quartier avec les Gebegis, 
parce qu'il avoit eu quelques paroles piquantes avec 
l'Aga des Janissaires. Cependant tout a réussi aux 
Ottomans; et comme leur bonheur passoit leur at- 



tente, ils disoient que Dieu avoît aveuglé les Vénitiens. 
Le 2 1 e, Le Grand Vesir fut obligé de changer de 
camp pour éviter la puanteur des corps morts; il 
alla, pour cet effet, camper à une lieue et demy de là, 
sur le rivage de la mer et à l'extrémité du golfe du 
côté de l'Occident. Il y a sur la droite une montagne 
assez haute^ sur laquelle on voit des restes d'une 
ancienne ville. Il y a une source de très bonne eau au 
pied de cette même montagne qui seroit capable de 
former une petite rivière si elle n'estoit pas si voisine 
de la mer; l'eau est si abondante qu'elle fait tourner 
six moulms par six canaux différents, outre l'eau qui 
se repend de costé et d'autre. Les habitans du pays 
appellent cet endroit *Tziveri. Ce même jour, on 
trouva enfin dans la tente d'un janissaire M. Alexan- 
dre Bon , Provediteur général de la Morée, que le 
Grand Vesir faisoit chercher; il avoit une blessure sur 
l'épaule; il fut conduit chez le Kiaya et ensuite tra- 
duit chez le Mugzur Aga, qui le fit mettre à la 
chaisne. On luy demanda pourquoy il «avoit fait tirer 
dessus l'Aga que le Grand Vesir luy avoit envoyé 
avec un écrit pour le sommer de se rendre; il nia ce 
fait et dit qu'il ne s'estoit présenté aucun Turc devant 
la place pour lui parler. On demanda aussi au Pro- 
vediteur général pourquoy il avoit laissé grimper les 
ttoupes ottomanes sur les murailles sans s'y opposer; 
il répartit qu'ayant fait arborer le pavillon blanc pour 
se rendre, il avoit cru qu'il n'estoit pas nécessaire de 



— Î4 — 

se défendre. Plusieurs prisonniers de considération 
ont dit qui! n'estoit pas habile dans le métier de la 
guerre; ce qui peut Pexcuser, c'est que dans le mont 
Palamida et dans la ville il n'y avoit que sept cents 
soldats disciplinez, environ cinq à six cents esclavons 
et quelques milices grecques. On dit aussi que M* le 
général Deliino avoit enlçvé tout ce qu'il y avoit de 
bons officiers dans cette place, dans laquelle on a 
trouvé quatre-*vingt-seize pièces de canon de fonte, 
cinquante-cinq de fer, dix mortiers de fonte et six de 
fer, dix-huit pierriers de fonte et quatre de fer, huit 
pièces de campagne de fonte et sept de fer, trois 
cent trente-neuf quintaux et demy de fer, seize cent 
soixante-quatre quintaux et demy de plomb, trente* 
quatre mille six cent quatre-vingt-dix-sept boulets 
depuis trois jusqu'à quarante-huit livres, douze mille 
cent quinze bombes de trente-six livres, deux mille 
neuf cent trente grenades de fer, deux mille trois 
cent vingt grenades de verre, et vingt mille quintaux 
de poudre. 

Le 28, le Capitan Pacha apport» au Grand Vesir 
une requeste de plusieurs habitans grecs et latins de 
Napoli de Malvasie en datte du 23 du même mois de 
juillet, par laquelle ils lui représentoient que, comme 
bons sujets de l'empire ottoman, ils étoient sortis de 
cette place au nombre de cinq cent et s'estoient retirez 
à un village nommé Line ; mais que le Commandant 
n'avoit pas voulu leur permettre de mener avec eux 



— J5 — 
leurs femmes et enfants, ni d'enlever leurs effets. 
Le Grand Vesir leur accorda la protection de la Porte, 
et leur promit de leur faire rendre leurs femmes, 
enfants et effets, quand la place serait rentrée sous 
l'obéissance de cet Empire. Ces mêmes habitans 
assurèrent qu'il n'y avoit que cent cinquante hommes 
de garnison ; mais le Capitan Pacha, on ne sçait à 
quel dessein, y. avoit envoyé, quelques jours auparavant, 
le Provediteur ordinaire de Corinthc avec environ 
cent quatre-vingts personnes qui restoient de la gar* 
nison de cette place, lesquelles il avait pris à Egnia 
et qu'il devoit faire passer à Corfou, ainsi qu'il avoit 
esté résolu auparavant. On aprit aussi des habitans 
de Malvasie que ce Provediteur ordinaire y étoit mort 
aprez y estre arrivé. 

Ce même jour, le Kiaya Pacha des environs de 
Prevezza apporta au Grand Vesir quelques étendards 
et une liasse de quantité d'oreilles pour preuve de la 
victoire que son maistre avoit remportée sur les Véni- 
tiens. Voicy comme ce Kiaya raporta ce fait : Les 
Vénitiens, dit-il, au nombre de quatre ou cinq mille, 
vinrent à Prevezza avec plusieurs petits bâtiments 
dans la veue de surprendre cette place; mais Ali 
Pacha mon maistre, sans avoir égard au nombre, 
donna si à propos sur les Vénitiens avec le peu de 
troupes qu'il avoit ramassé, que ceux qui n'ont pas 
péri par le feu ont esté submergés dans la mer, et je 
ne crois pas, ajouta-t-il, pour ne point mentir, ce 



- j6- 

sont ses propres termes, que dix Vénitiens ayent 
échappé à la valeur des troupes ottomanes. Il dit 
encore qu'on s'estoit rendu maître d'un brigantin 
vénitien. 

Le 2% on fit partir sur des chariots le Provediteur 
général Bon, le général Zaco, M. Balbi et quel- 
qu'autres officiers vénitiens, avec quelques femmes, 
pour estre conduits à l'endroit ou se trouvera le 
Grand Seigneur. Ce même jour, on amena deux offi- 
ciers et quelques soldats de la garnison de Castel. 
Yussouf Pacha^ s'estant avancé de ce costé là pour 
soutenir les travailleurs qui raccommodoient les che- 
mins, fut attaqué par un parti d'environ quatre ou 
cinq cent hommes de la garnison de Castel; ce Pacha 
le repoussa et l'obligea de se retirer en désordre dans 
la place, aprez avoir tué et fait prisonniers quelques 
officiers et soldats. 

Le 30, on lut publiquement le Haticherif que le 
Grand Seigneur avoit envoyé au Grand Vesir au sujet 
de la prise de Corinthe; il ne contenoit que des 
louanges et des prières à Dieu, pour ce premier mi- 
nistre et pour tous les officiers et soldats de l'armée; 
on distribua en même tems des caftans à presque tous 
les officiers de l'armée. 

Le 1^*^ août, le Grand Vesir donna deux queues 
à Osman Aga Sipahilar Agassi, ou commandant des 
Sipahis de la Cornette rouge, avec le gouvernement 
d'Erzerum, et luy confia la garde de Napoli de Ro- 



manie. Ce même jour, on fit couper la tète à cinq 
officiers vénitiens de la garnison de Napoli qui étoient 
demeurez aux arrests chez le Mugzur Aga. 

Le 2*, le Grand Vesir donna l'emploi de Sipahilar 
Agassi à Ahmed Aga, cy-devant Seliktar Agassi. 

Les Janissaires, aprez avoir fait un butin considé- 
rable à Corinthe et à Napoli de Romanie, ne son- 
geoient plus qu'à retourner chez eux, et lai désertion 
étoit si grande que le Grand Vesir fut obligé d'envoyer 
Turk Ahmed Pacha au défilé de Corinthe pour fermer 
le chemin aux déserteurs, avec ordre de punir sévère- 
ment ceux qui tomberoient entre ses mains. 

Le 4*^, le Grand Vesir partit du camp de Tziveri 
pour aller à Modon, laissant pour garnison à Napoli 
quatre mille Janissaires et quelques troupes de cava- 
lerie ; aprez avoir marché pendant une heure dans un 
pays assez uni^ on mit trois heures à passer un défilé 
assez étroit et difficile parce que toutes les montagnes 
ne sont que du roc, et qu'on n'avoit pas eu assez de 
tems pour bien raccommoder les chemins, aprez quoy 
on campa dans un lieu assez spatieux appelé Ahlado- 
Campo, ou plaine des poivriers sauvages, où il y a 
une source d'eau très-fraîche, et il y avoit aussi quel- 
ques moulins qui ont esté ruinez. Là, on apporta la 
nouvelle au Grand Vesir que M. Alexandre Bon étoit 
mort aux environs de Megare. 

Le 5 5 aprez avoir marché demy heure dans cette 
même plaine, on passa un autre défilé d'environ une 



heure et demy, plus difficile que le précédent; on 
entra ensuite dans une belle et vaste plaine bien culti- 
vée, où il y a quelques villages, et après deux heures 
de marche, on campa auprès d'un bourg appelé Dro- 
poliza, où l'on voit une grande maison et une église 
neuve que M. Antoine Lordan, lorsqu'il étoit Prove- 
diteur général de la Morée, y avoit fait bâtir : quoyque 
cette grande plaine soit bordée de montagnes, il n'y a 
pourtant pas d'autre eau pendant l'esté que celle des 
puits que les habitansont creusé pour leur commodité. 
Ce même jour, il arriva au camp deux Evesques et 
plusieurs Grecs, tous Mainotes, députez de la haute 
et basse Maine, qui forment ensemble une espèce de 
République, pour se soumettre à la Porte et demander 
sa protection : aprez que le Grand Vesir la leur eut 
accordée, ils le suplièrent de vouloir envoyer quel- 
ques officiers avec eux pour leur remettre tout ce qui 
pourroit se trouver dans les forts de Kelefa et de 
Zamata, situés dans la Maine, sur le golfe de Coron, 
où il y avoit garnison vénitienne, l'assurant qu'ils 
obligeroient les Vénitiens de se retirer, supposé qu'ils 
ne l'eussent pas déjà fait avant leur retour ; ils dirent 
aussi au Grand Vesir que si la Porte vouloit les char- 
ger du soin de garder ces forts, qu'ils le feroient à 
leurs dépens. « Le Grand Vesir confirma les deux 
Evesques dans leurs évêchés, envoya six officiers, 
sçavoir deux du corps des Janissaires, deux de celuy 
*de$ Gebegis et deux du corps des Toptzis, pour 



-^ ?5 — 
prendre possession de tout ce qui pourroit se trouver 
dans les forts, et se réserva le soin d'y mettre garni- 
son. 

Le 6^, on passa un défilé assez difficile d'environ 
deux heures de chemin, d'où l'on descendit dans une 
plaine qu'on appelle Vrousti, bordée de montagnes, 
et aprez deux heures de marche on campa auprez 
d'un petit marais à trois quarts de lieue d'une source 
d'eau qu'on appelle Marmaria, à cause de quelques 
morceaux de marbre qu'il y a tout auprez. Là^ il vint 
quelques Grecs de Coron et des environs de Modon, 
qui dirent que le 2« août le Provediteur de Coron 
avoit abandonné cette place aprez avoir fait sauter 
une partie des murailles et ruiné presque toutes les 
maisons, et qu'il s'estoit retiré à Modon avec la gar- 
nison, sur la nouvelle qu'il avoit eu que les troupes 
ottomanes s'approchoient vers ce côté là. 

Le 7*, aprez avoir marché demy heure dans la 
plaine, on mit une heure et demy à passer quelques 
montagnes couvertes de chênes, qui sont les pre- 
mières depuis Corinthe qui ne soient pas de pur roc. 
On descendit ensuite par un chemin assez rapide 
dans une plaine bordée de quelques montagnes cou- 
vertes aussi de chênes et arrosées de trois petits ruis- 
seaux, et aprez une heure et demy de marche, on 
campa auprez de l'un de ces ruisseaux que les habi- 
tans appellent Veligosti, à trois quarts de lieue d'un 
petit bourg appelle Londari, qui est sur la gauche. On 



— 40 — 
voytauprezdecebourg les ruines d'un vieux château. 
Ces trois petits ruisseaux se jettent dans la rivière 
Ropheo^ ainsi appellée par les Grecs et que les géo- 
graphes nomment Alpheus. 

Le 8^ on passa quelques montagnes couvertes de 
chênes qui forment ensuite un défilé très-étroit et très- 
difficile qu'on appelle Makri*Plagi ; on mit trois heures 
à faire tout ce trajet. C'est ce même défilé que 
M. Delfino, Capitaine général, et M. Vicenzo Pasta, 
Provediteur de Modon, voulaient que les Grecs de la 
Morée vinssent défendre pour en empêcher le passage 
à l'armée ottomanne, ainsi qu'ils les en avoient solli- 
cités par des manifestes qu'ils avoient envoyé par 
toute la Morée aprez la prise de Corinlhe, De ce 
défilé on descendit dans une grande plaine où il y a 
quelques villages, et, aprez deux heures et demy de 
marche, on campa à un lieu qu'on appelle Lakos 
auprès d'un village appelle Giafer Emini; il coule 
auprez de ce village un ruisseau dont la source n'est 
pas éloignée ; on l'appelle Mavro Zoumena, et il se 
jette dans le golfe de Coron auprez de Calamata, à 
trois lieues du village. Ce même jour, les gens de 
Sari Ahmed Pacha, Beiglerbeig de Romelie, amenèrent 
quelques soldats italiens de la garnison de Modon 
qu'ils avoient pris dans le faux bourg de cette place, 
et qui dirent qu'il y avoit dedans douze compagnies 
d'infanterie et cinq de cavalerie ; cela fut confirmé 
par un soldat françois qui fut pris dans le même lieu, 



— 4» — 
où il étoit allé, dit il, pour prendre de l'eau, parce 
que le peu qu'il y a voit dans la place étoit fermé sous 
la clef. 

Le 9, on passa, à demy lieue du camp, le ruisseau 
de Main Zoumena ; à une lieue de là on laissa sur la 
droite une ville ruinée que Pon appelle Androussa ; on 
y voit les restes d'une mosquée et il y coule un petit 
ruisseau dont l'eau est très-bonne. Aprez une heure et 
demy de marche on passa à Nissi, qui est un grand 
village d'environ deux cent maisons, où il y a beau- 
coup d'oliviers; l'Evesque grec d'Androussa y fait sa 
résidence ; on y voit aussi quelques logements pour 
des dragons et une maison où le Frovediteur général 
de la Morée logeoit quand il y passoit. On laissa 
Calamata sur la gauche et on campa à une lieue en 
delà de Nissi, à demy lieue du rivage du golfe de 
Coron et auprez d'un ruisseau qu'on appelle Giorou. 
Le pays depuis Lakos jusqu'au golfe est très-beau et 
très-bien cultivé ; il y a plusieurs colinessur lesquelles 
il y a des villages qui ont presque tous des fontaines. 

Le 10, on passa le ruisseau de Giorou sur un petit 
pont de pierre, et aprez avoir marché vers le midy 
une heure sur des colines qui sont à quelque distance 
du golfe de Coron, on tourna le dos à ce golfe et on 
marcha pendant quatre heures vers l'occident sur des 
montagnes assez hautes, et on campa dans une plaine 
auprez d'un ruisseau qu'on appelle Handrino, à une 
lieue et demy de Navarin, que les Vénitiens avoient 



— 42 — 
ruiné et abandonné. Sur le soir, le Grand Vesir 

f 

envoya un ordre au Vesir AU Pacha, qui étoit déjà 
arrivé à Modon, d'aller à Coron pour prendre pos- 
session de cette place. 

Le II*, on laissa Navarin sur la droite, et, aprez 
avoir marché vers le midi pendant trois heures par 
des montagnes assez difficiles, on campa à trois 
quarts de lieue de Modon, dans un lieu tout planté 
d'oliviers. Le nombre des Janissaires étoit réduit à 
peu de chose; on n'en comptoit guère plus de dix 
mille dans le camp. On avoit appris le jour précédent 
qu'il y avoit quelques gros vaisseaux auprez de 
Modon, entre l'ile de Sapience et la terre ferme ; le 
Grand Vesir à son arrivée au camp envoya des gens 
pour les reconnoistre ; ils raportèrent que c'estoit l'ar- 
mée navale de la République de Venise, composée 
d'environ quarante-deux vaisseaux tant gros que 
petits, de deux galéasses, de deux galiottes à bombes 
et de quelques autres bâtiments. Le Beiglerbeig de 
Romelie, l'Aga des Janissaires^ le Kiaya du Grand 
Vesir, le Reïs Effendi et plusieurs autres officiers 
allèrent reconnoitre la place. Elle est presque toute 
dans la mer et fortifiée à l'ancienne manière ; elle a un 
double fossé du côté par où elle lient à la terre, et 
qui est le seul endroit par où cette place peut estre 
attaquée. Les Vénitiens ont parfaitement bien fait 
réparer les fossés et joint aux anciennes fortifications 
une espèce de bastion sur la gauche et quelques 



— 43 — 

autres ouvrages sur la droite ; mais et la place et ces 
ouvrages sont dominés par une hauteur qui est sur la 
droite et qui s'étend presque jusqu'aux fossés. Sur le 
soir, le Beiglerbeig de Romelie envoya un écrit, par 
ordre du Grand Vesir, au Provediteur de la place, 
par lequel il le sommoit de la rendre, luy promettant 
bonne capitulation ; il lui déclaroit aussi que s'il tiroit 
un seul coup de canon, qu'on ne l'écouteroit plus 
supposé qu'il demandast ensuite à capituler. Le Pro- 
vediteur luy envoya l'écrit en le priant de le faire tra- 
duire parce qu'il n'avoit personne qui sçeust le turc. 
Ce même soir^ le Grand Vesir envoya un Aga au 
Capitan Pacha pour luy porter l'ordre de profiter du 
premier vent favorable pour venir combattre l'armée 
navale des Vénitiens, laquelle apareilla sur le soir; 
on crut que c'estoit dans le dessein d'aller attaquer 
les galères ottomannes qui étoient arrivées à Coron. 

Le lendemain 1 2 au matin, on l'aperceut qu'elle 
lourvoyoit sur le cap de Sapience quoy que le vent 
fust au Nord^uest, et par conséquent favorable pour 
aller sur la flotte ottomanne qui louvoyoit à la hau- 
teur de Venetico. On renvoya avant midy au Prove- 
diteur de Modon l'écrit turc avec la traduction en 
italien. Il répondit quelques heures aprez que, son 
Prince lui ayant confié cette place, il étoit résolu de 
la défendre à tout événement. 

La nuit du 12 au 13, Sari Ahmed Pacha^ Beigler- 
beig de Romelie, et l'Aga des Janissaires ouvrirent ta 



— 44 — 

tranchée à la portée du mousquet de Modon à la 
faveur des mines du faux bourg qui etoit en deçà de 
'esplanade; ces mêmes mines rendirent inutile le 
feu que les assiégez faisoient de la place. Comme la 
grosse artillerie n'estoit pas encore débarquée^ on fit 
en attendant dresser cette même nuit là deux batteries 
de canons, l'une de cinq pièces de douze livres sur la 
hauteur qui est à la droite, et l'autre de dix pièces de 
campagne sur la gauche ; on joignit à celle-cy une 
batterie de cinq mortiers ; toutes ces batteries com- 
mencèrent à tirer au jour. 

Le 14, on continua à battre la place, la flotte véni- 
tienne parut en très-bon ordre à l^hauteur de Modon, 
pendant que le vent étoit au nord-ouest , et que la 
flotte ottomane étoit à dix mille de là, sur la hauteur 
de Venetico. Le Capitan Pacha écrivit ce même jour 
un billet au Re'is Effendi , par lequel il luy témoignoit 
le chagrin qu'il avoit de ce que le calme et le vent 
contraire ne luy permettoient pas de joindre l'armée 
navale des Vénitiens pour exécuter les ordres du Grand 
Vesir. 

La nuit du 14 au 15, on poussa la tranchée bien 
avant et on plaça la batterie de cinq pièces de canons 
bien prez de la place , toujours sur la même hauteur. 
Au jour, cinq janissaires aportèrent un cheval de frise 
au Grand Vesir, qu'ils disoient avoir enlevé à la bar- 
rière du chemin couvert; ce Ministre leur fit donner 
cinq cents ecus et un tzelenk , ou aigrette d'argent a 



— 45 — 
chacun Sur les deux heures aprez midy, un Aga du 
Beiglerbeig de Romelie apporta la nouvelle au Grand 
Vesir qu'on s'estoit rendu maistre d^un fortin qui etoit 
à la droite sur le rivage de la mer, et ce Ministre luy 
fit donner un caftan et cinq cent écus. Il fit aussi don- 
ner quatre cent écus à quelques Janissaires qui avoient 
enlevé une barricade. 

Le 15 au matin, l'armée navale de la République de 
Venise disparut et Tottomanne parut sur la hauteur de 
Modon ; elle mouilla ensuite entre l'isle de Sapience 
et la terre ferme. Pendant tout ce jour on fit un feu 
continuel de part et d'autre. 

La nuit du 1 5 au 16, on poussa la tranchée assez 
près du fossé et on continua de battre la place. Ce 
même jour on débarqua la grosse artillerie à une lieue 
et demy de Modon , et le Grand Vesir chargea Turk 
Ahmed Pacha, Beiglerbeig d'Anatolie, qui avoit rejoint 
l'armée, du soin de la faire conduire au camp. Sur les 
trois heures aprez midy un Aga du Serasker Moustafa 
Pacha, qui avoit esté commandé pour faire le siège de 
Castel, apporta la nouvelle au Grand Vesir que celte 
place s'estoit rendue par capitulation le 13 de ce 
même mois, aprez trois jours de tranchée ouverte : 
que ce Serasker avoit accordé au Provediteur que luy 
et la garnison italienne , qui etoit d'environ six cent 
hommes, seroient renvoyez à Cefalonie ou à tel lieu 
dépendant de la République de Venise qu'il plairoit 
au Grand Vesir d'ordonner ; mais que le reste de la 



garnison qui étoit Grecque et Esclavonne, et qui étoit 
aussi d'environ six cent hommes, seroit faite esclave, 
et qu'il n'avoit permis qu'au seul Provediteur de Castel, 
à celui de Patras, qui se trouvoit aussi dans cette 
Phce , et à un autre officier, de prendre leurs épées. 
Le jour d'aprez, le commandant des Janissaires , le 
trésorier et quelques autres officiers prirent possession 
de la place ; mais sur le soir les Janissaires y entrè- 
rent tumultueusement et firent esclaves le Provediteur 
et la garnison italienne , sans que leurs officiers pus- 
sent les contenir; le Pacha fut obligé de les rachetter, 
mais malgré tous ses soins il resta quantité de soldats 
entre les mains des Janissaires. La place étoit en bon 
état et pourvue de toutes les choses nécessaires, et 
elle n'avoit point esté endommagée par le canon des 
assiégeans. Il n'y avoit eu que onze hommes de la 
garnison de tuez et trois de blessez quand cette place 
capitula. De la part des Turcs, il y eut environ six 
cent hommes de blessez et trois cent de tuez; Kior 
Ali Pacha, Gouverneur de Sivas, fut du nombre de ces 
derniers. Un officier de la garnison, interrogé par une 
personne pourquoy ils avoient sit6t capitulé, luy ré- 
pondit en ces termes : « On nous avoit promis, dit-il, 
un secours de deux mille hommes, avec lequel la 
place auroit esté en état, non seulement de faire tête 
à Parmée du Serasker, mais encore d'arrester les pro- 
grez du Grand Vesir quand même il y seroit venu en 
personne avec son armée; comme ce secours nest 



— 47 — 

point arrivé, continua-t-il, et qu'il auroit fallu bientôt 
succomber, on a jugé à propos de capituler. 

Ce même jour, sur le soir, le Provediteur de Modon 
fit arborer plusieurs pavillons blancs sur les remparts 
de la place. Le Beiglerbeig de Romelie en donna avis 
au même instant au Grand Vesir. En même tems le 
Provediteur envoya deux officiers à la tranchée pour 
otages avec un projet de capitulation, et dçmanda 
qu'on lui envoya aussi deux Officiers Turcs pour 
otages; le Beiglerbeig de Romelie luy en envoya 
deux sur le champ et en avertit en même tems le 
Grand Vesir ^ croyant qu'il approuveroit sa con- 
duite, puisqu'il n'est pas permis, suivant les préceptes 
de l'Alcoran , de refuser quartier à celuy qui le de- 
mande. Un moment aprez ce Beiglerbeig receut ordre 
du Grand Vesir, sur le premier avis qu'il luy avoit 
donné, de n'avoir aucun égard aux pavillons blancs» 
de continuer à battre la place et de passer au fil de 
l'épée tous ceux qui étoient dedans. Le Beiglerbeig 
de Romelie crut que le Grand Vesir changeroit de 
résolution quand il auroit receu le second avis tou- 
chant les otages donnés de part et d'autre ; mais il 
fut trompé, il receut ordre de se retirer de la tranchée 
et d'en remettre le commandement à Turk Ahmed 
Pacha, Beiglerbeig d'Anatolie, lui reprochant qu'il de- 
voit se souvenir du contenu de l'écrit qu'il avoit en- 
voyé au Provediteur de Modon et de celuy de sa 
réponse. 



-48- 

Le 1 7 au matin on renvoya les otages Vénitiens à 
la place sans aucune réponse , et de la place on ten- 
voya les otages Turcs; le Provediteur fit sur le champ 
un second projet de capitulation et l'envoya de nou- 
veau par un officier à la tranchée, dans la pensée que 
le Grand Vesir avoit peut être trouvé le premier projet 
trop en leur faveur. Plusieurs personnes avoient parlé 
pendant ta nuit au Grand Vesir pour le porter à ac- 
corder une honneste capitulation à la garnison de 
Modon; mais tous leurs discours furent inutiles, aussi 
bien que la tentative que l'Aga des janissaires fit ce 
même matin auprez de ce Ministre, qui non seulement 
ordonna qu'on attaquast la place de tous c6tés, mais 
qui envoya encore son Kiaya à la tranchée pour exci- 
ter les troupes à bien faire leur devoir. En effet, on 
commença sur les sept heures et demy du matin à tirer 
de nouveau sur la place , quoyque les Vénitiens ne 
tirassent point et que les étendards blancs fussent tou- 
jours exposés sur les remparts. Les janissaires s'estant 
aperceus pendant ce tems-là que les Vénitiens s'em- 
barquoient sur les felouques que le Capitan Pacha avoit 
amenées autour de la Place, sur l'avis qu'il avoit receu 
qu'on devoit l'attaquer et donner l'assaut , et voyant 
d'ailleurs qu'on ne tiroit point de la Place , ils se jet- 
tèrent dans la mer et gagnèrent une petite porte qui 
étoit sur le rivage ; ils la rompirent , et estant entrez 
dans la Place , ils tuèrent une centaine d'hommes et 
firent esclaves environ deux cent cinquante personnes, 



— 49 — 
y compris quelques femmes grecques et quelques en- 
fans aussi grecs^ qui n'a voient pas eu le tems de s'em- 
barquer sur les chaloupes pour éviter la fureur des 
Janissaires. Comme quelques-uns d'entre eux s'em- 
pressoient pour porter des têtes au Grand Vesir, son 
Kiaya leur dit que son maistre ne leur donneroit au- 
cune récompense, non plus qu'à ceux qui conduiroient 
leurs esclaves devant sa tente pour leur couper la tète. 
Ces paroles du Kiaya sauvèrent la vie à plusieurs sol- 
dats chrétiens y et particulièrement à ceux qui étoient 
un peu avancés en âge ; mais on ne sçait si le Grand 
Vesir l'ordonna ainsi par un scrupule de religion, à 
cause que la garnison avoit demandé à capituler, ou 
bien si ce fut par un esprit d'avarice, pour ne point 
donner la gratification que Ton donne à ceux qui ap- 
portent des têtes , ou qui les coupent volontairement 
aux esclaves qu'ils ont fait. Le butin ne fut pas consi- 
dérable, parce que tous les habitans s'estoient retirez 
et qu'on avoit eu la précaution de faire sortir tous les 
effets avant que la place fut assiégée. M. le Général 
Delfino n'avoit donné aucun secours d'hommes à cette 
place, et la garnison n'estoit composée que de dix- 
sept compagnies, qui ne faisoient qu'environ sept cent 
hommes parce qu'elles n'estoient pas complettes. De 
la part des Turcs, il y eut très-peu de gens de tuez et 
de blessez. On fit chercher dans le camp tous les offi- 
ciers vénitiens; on en trouva trois ou quatre, entre 
autres M. Marco Venier, noble vénitien et Recteur 

4 



— 50 — 

des vivres, qu'on envoya à la chaisne chez le Mugzur 
Aga aussi bien que les autres officiers. 

Le 1 8 au matin, le Capitan Pacha amena d^z le 
Kiaya du Grand Vesir M. Vicenzo Pasta, Provediteur 
extraordinaire de la place, et une cinquantaine d'of- 
ficiers avec luy. Le Kiaya les envoya tous chez le 
Mugzur Aga , qui les fit mettre à la chaisne, attachez 
par le col comme des criminels. Ce même jour le Grand 
Vesir donna une veste d'hermine à Sari Ahmed Pacha, 
Beiglerbeig de Romélie, et une autre semblable à Turk 
Ahmed Pacha, Beiglerbeig d'Anatolie , et les déclara 
Seraskers, le premier pour aller faire le siège de Sainte- 
Maure, et l'autre celuy de Napoli de Malvasie ; le Grand 
Vesir déclara aussi qu'il iroit à Misistra ou ancienne 
Sparte, pour estre à portée de cette place, qui n'en est 
éloignée que d'environ dix-huit lieues. Il permit aux 
Gouverneurs Vénitiens des Forts de Kelefa et deZamata 
de se retirer ou bon leur sembleroit avec leurs garni- 
sons, et le Capitan Pacha fut chargé de leur fournir les 
batimens nécessaires pour cela. Dans le fort de Kelefa, 
il y avoit soixante-deux pièces de canons, et dans celui 
de Zamata dix-neuf, avec vingt pierriers de fonte. 

Le 20, M. Pasta, avec tous les autres officiers, fu- 
rent embarquez sur l'Armée Navale, avec ordre au 
Capitan Pacha de les faire passer à Consple; s'ils 
avoient demeurés plus longtems chez le Mugzur Aga, 
ils seroient morts de misère, car on les y laissoit man- 
quer de pain et d'eau. 



— 51 — 

Le 21 au matin, les Beiglerbeigs de Romelie et 
d'Anatob'e partirent du camp de Modon pour aller 
chacun au lieu de sa destination. Le Beiglerbeig de 
Romelie avoit ordre de prendre avec luy les troupes 
qui avoient servi au siège de Castel sous les ordres 
du Serasker Moustafa Pacha, auquel le Grand Vesir 
avoit ordonné de se rendre auprez de sa personne 
L'aprez midy PAga des janissaires partit pour aller à 
Misistra. 

Le 22«, le Grand Vesir, avec l'armée, partit du 
camp de Modon et alla à celuy de Handrino , où il 
séjourna le 23 et le 24; le 25 on alla à Nissi, le 26 à 
Lakos, et le 27 il campa auprez de Londari, toujours 
dans les mêmes lieux où l'on avoit campé en allant à 
Modon. 

Le 28 , on prit sur la droite en marchant vers le 
midy, on passa une montagne assez haute, et aprez 
avoir marché pendant quatre heures dans un beau va- 
Ion, on campa en un lieu qu'on appelle Longanico, 
où est la source de la rivière Iris, qui se jette dans le 
golfe de Colochina. 

Le 29, aprez deux heures de marche dans un assez 
beau pays, on campa auprez d'un ruisseau, à un lieu 
que l'on appelle Sapolivado. 

Le 30, on marcha pendant quatre heures dans un 
beau pays de plaine, où il y a de tems en tems quel- 
ques colines qui forment ensuite un défilé assez long ; 
on fut obligé de passer plusieurs fois l'Iris , qui ser- 



- Ji - 

pente au milieu ; quand on fut arrivé vis-â-vis de 
Misistra, on le laissa à droite et on alla camper sur la 
gauche, à une lieue et demy vis-à-vis de cette ville , 
aprez avoir passé encore une fois l'iris. Misistra est 
situé du cAté de l'Occident, sur un rocher fait en 
cône, sur le sommet duquel il y a un vieux château 
ruiné; ce rocher est au pied d'une chaîne de monta- 
gnes qui s'étend le long de la plaine et qui va jus- 
qu'au cap Matapan L'Ins passe à une lieue de Misis- 
tra. On voit auprès de cette rivière , et vis-à-vis de 
cette ville, les ruines de l'ancienne Sparte ou Lacede- 
mone; mais il n'y reste aucun monument digne de 
l'ancienne Grèce. Quoyque le Capitan Pacha eut fait 
sçavoir au Grand Vesir qu'il avoit escrit de l'Isle de 
Cerigo aux commandants de Napoli de Malvasie, et 
qu'ils etoient convenus de rendre la place dez qu'il y 
seroit arrivé avec l'Armée Navale , nonobstant cela , à 
peine ce ministre eut-il appris que le Beiglerbeig 
d'Anatolie étoit arrivé vis-à-vis de NapoU de Malvasie 
avec le détachement de Janissaires sous le comman- 
dement du Zagargi Bachi , et autres troupes Otto- 
mannes, qu'il fil expédier un écrit au nom de ce Beig- 
lerbeig, et le luy envoya sur le soir avec ordre d'y 
mettre son grand sceau , et de le faire remettre aux 
commandants de cette Place. Dans cet écrit, le Beig- 
lerbeig, en qualité de Serasker, sommait ce com- 
mandant de rendre la Place à l'Empereur Ottoman , 
qui en étoit le véritable Maistre , et leur déclaroit que 



— 53 — 
s'ils se défendoient, ils ne seraient plus receu à capi- 
tuler, leur citant pour les intimider les exemples de 
Napoli de Romanie et de Modon , ajoutant qu'au cas 
qu'ils refusassent de la luy remettre, il avoit ordre du 
Grand Vesir d'en faire le siège par terre, et le Capitan 
Pacha par mer. 

Le I®' septembre, un Aga du Capitan Pacha ap- 
porta la nouvelle au Grand Vesir que cet Amiral avoit 
obligé le fort de Cerigo à se rendre par capitulation, 
et que toute cette isle étoit soumise à la Porte. 

Le 2®, le Grand Vesir partit du camp de Misistra 
dans l'intention de s'approcher de Napoli de Malva- 
sie , auprez de laquelle place il y avoit beaucoup de 
batimens chargés de munitions de bouche dont on 
manquoit; aprez trois heures et demy de marche, en 
allant toujours du costé du midy par de très-belles 
plaines assez bien cultivées , on campa sur l'Iris y au- 
prez d'un village appelé Nevrocop. Pendant la mar- 
che, un courrier du Beiglerbeig d'Anatolie apporta au 
Grand Vesir la réponse que les deux Recteurs de 
Napoli de Malvasie avoient faite à son Maistre ; elle 
étoit dattée du i*' septembre 171 5. Voici ce qu'elle 
contenoit : « Nous avons receu le papier que vous 
« nous avez envoyé par vôtre homme; il vous porte 
« nôtre réponse, qui est qu'il est nécessaire que vous 
« envoyiez deux otages, nous en envoyerons aussi 
« deux, avec un homme de confiance qui vous expli- 
i< quera nos sentimens. » Dans le même instant le 



— J4 — 
Grand Vesir ordonna au Gebegi Bachi et au Toptzi 
Bachi ) qui le suivoient avec l'Artillerie , de retourner 
à Misistra. 

Le )*> aprez avoir marché par un pays de monta- 
gnes pendant quatre heures , on campa dans un lieu 
appelle Elos , qui est à une lieue du golfe de Colo- 
china, et environ à dix lieues de Napoli de Malvasie ; 
il y a une très-belle source d*eau à demy lieue du 
canip) qui étoit plus que suffisante pour toute l'armée. 
Ce même jour» Kara Moustafa Pachaj qui avoit fait le 
siège de Castel, arriva au camp, et le Grand Vesir le 
déclara Serasker de la Morée. Comme le Beiglerbeig 
d'Anatolie pressoit les Recteurs de Napoli de Malva- 
sie de remettre la Place^ et que le Capitan Pacha leur 
avoit écrit de nouveau sur ce même sujets les Rec- 
teurs écrivirent au premier une lettre qu'il envoya le 
4 au Grand Vesir, elle étoit dattée du 3^ septembre 
171 5. En voici la traduction mot à mot, par, laquelle 
on voit que ces Recteurs étoient convenus auparavant 
avec le Capitan Pacha de luy remettre cette Place : 
« De la part de nous, Recteurs de Malvasie, à vous 
« Se^jrasker Ahmed Pacha, salut. Nous receumes hier, 
« jour de lundy, une lettre du Capitan Pacha au sujet 
« de la redition de cette Place, ainsi que nous avions 
« parlé cy-devant avec luy sur ce même sujet; nous 
ce ne faisons point de difficulté de la rendre, mais c'est 
(( qu'il est nécessaire que nous disions qu.elque chose 
u au Capitan Pacha , suivant les anciens usages. Ce 



— 55 ~ 
<( que nous avons à dire n'est point nuisible à la Su- 
i( blime Porte, et ne causera point de retardement; 
i( ainsi 9 il ne faut pas que vous commenciez aucun 
« acte d'hostilité , parce que nous serions obligés de 
« les repousser^ et, par là, il se répandroit de part et 
« d'autre beaucoup de sang, ce qui n'est pas la vo^ 
« lonté de Dieu, ni celle du Grand Vesir, c'est-à-dire 
« que si vous commencez vous en porterez le péché. 
<( Envoyez la copie de cette lettre au Grand Vesir. 
« Mehemmed Réis est resté auprez de nous, et nous 
« avons écrit au Capitan Pacha, qui nous l'avoit en- 
« voyé, une lettre par un de nos gens, et nous espé- 
« rons que le Capitan Pacha arrivera icy aujourd'huy 
^< ou demain. » 

Cette lettre des Recteurs ne fit point plaisir au 
Grand Vesir, parce qu'il paroissoit qu'ils n^avoient de 
la confiance qu'au seul Capitan Pacha. Il prit la réso- 
lution d'aller en personne à Napoli de Maivasie ; mais 
toutefois il envoya un ordre au Capitan Pacha, qui 
étoit arresté à Cerigo par les vents contraires , de se 
rendre par terre au camp de cette place, suposé qu'il 
ne peut pas y aller avec l'Armée Navale. 

Le 6 , vers le soir^ un Aga apporta la nouvelle au 
Grand Vesir que le Capitan etoit arrivé par terre, ce 
même jour, sur les neuf heures du matin, au camp du 
Serasker ; que les Recteurs luy avoient envoyé aussitôt 
des gens pour le féliciter sur son heureuse arrivée et 
qu'on avait commencé à entrer en négociation. 



1 



- (6- 

Le 7, sur les cinq heures aprez midy, quelques 
gens du Capitan Pacha apportèrent au Grand Vesir 
une lettre que les Recteurs de Napoli de Malvasie 
avoient écrite a cet Amiral, par laquelle ils dëclaroient 
accepter la capitulation qu'il leur avoit envoyé. En 
voicy la copie lîdelle; elle étoil iJattée de Malvasie, le 
7 septembre [715 : 

u Da noi Rettori di Malvasia a voi lllustrissimo 
a et Eccellenlissima Hagi Mehemmed Pascia, salute. 
u Con i! ritorno délie personne spediie a Vosua 
H Eccelenza habbiamo osservaie le Capitulationi che 
u ci vengono accordate, in virtù délie quali habbiamo 
c stabilito , di spedirle un nobile veneto et altro 
« sogetto qualificato per accertarla délia nosira pun- 
« tualila came confidiamo pienamente che taie sia 
u per esser quella dell' Eccelenza Vostra. In confor- 
11 mita de paiti stabiliti da sudetti capitoli sarà opor- 
a tunamente fatta la consegna délia pîazza a Vostra 
Il Eccelenza quale s'intende adesso per allora cessa ■ 
" da noi ail' Eccelenza Vostra, speriamo délia sua 
n bontà che si compiacerà prolongare il nostro im- 
« barco. » 

Les conditions que le Grand Vesir avoit accordé 
aux Recteurs étoient qu'eux et la garnison vénitienne 
seroient transportez avec généralement lous leurs 
effets a Corfou ou a tel endroit dépendant de la 
République de Venise qu'ils voudroient, et que tous 
les Grecs qui étoient restés dans cette place seroient 



— 57 — 
faits esclaves et leurs biens confisquez. Les femmes 
et enfans des Grecs qui étoient sortis de cette place 
pendant que le Grand Vesir étoit sous Napoli de 
Romanie sont demeurez libres, et ce ministre leur a 
fait rendre leurs effets dont les Recteurs s'estoient 
saisis. Napoli de Malvasie étoit pourveu de toute 
sorte de munitions pour deux ou trois années, et 
personne n'ignore que cette place, à cause de son 
heureuse situation , ne peut estre prise que par 
famine. 

Le 8, l'Aga des Janissaires fut déposé à cause qu'il 
n'avoit donné aucune marque d'un bon générai et 
qu'il avoit pris une infinité de rations au delà du 
nombre des Janissaires qui etoient dans le capip> sur- 
tout depuis la prise de Napoli de Romanie. 

Le 1 1 , le Capitan Pacha arriva au camp et apporta 
la nouvelle au Grand Vesir que le jour précédent les 
troupes ottomanes avoit pris possession de Napoli 
de Malvasie ; il partit quelques heures aprez, et le 
Grand Vesir luy ordonna d'aller avec l'armée navale 
à la Sude, sur les avis qu'il avoit receu d'Ali Pacha, 
gouverneur de Candie, et de Kara Mehemmed Pacha, 
gouverneur de la Canee (lesquels avoient bloqué cette 
place depuis quelques mois), que le Provediieur avoit 
promis de la rendre dès que le Capitan Pacha y seroit 
arrivé avec la flotte. 

Le 1 3, le Grand Vesir partit du camp d'Elos pour 
retourner à Constantinople. Le 19, on exposa au 



■ ï8 



camp de Dropolitza, devant la tente du Grand 
la tËte d'Osman Pacha, gouverneur de NapoJi 
Roraanie. Voicy la raison pour laquelle on la lui 
coupa : le Grand Vesir avoit cassé une infinité de 
Sipahis; Osman Pacha, qui élolt alors leur Agaoucom- 
oiandant, et qui etoit picqué contr'eux parce qu'ils 
n'avoient pas voulu luy faire le présent qu'il préten- 
doit sur leur paye, comme cela se pratique assez 
communément, sembloit concourir avec ce ministre a 
réformer ce corps ; plusieurs Sipahis allèrent se 
plaindre au Grand Seigneur, qui n'approuva pas la 
conduite que l'on avoit tenue à ce sujet; la faute fui 
rejettée sur Osman Pacha, et il fallut nécessairement 
qu'il fut sacrifié. 

Le Grand Vesir arriva le 2 1 à Tziveri ou au camp 
des Moulins qui sont à l'occident du golfe de Napoli 
de Romanie et a trois lieues de cette place . 

Le 22, le Kiaya du Grand Vesir, a la tête de toute 
la maison de ce premier ministre accompagné des Sipa- 
his et des Seliktarlis, alla a Napoli recevoir le Seliktar 
ou porte épée du Grand Seigneur, qui y étoit arrivé 
depuis quelques jours, et qui étoit chargé d'un Hati- 
cherif, d'une fourrure de martre zibeline et d'un sabre 
garni de diamants et de turquoises pour le Grand 
Vesir. C'est la coutume des Empereurs ottomans 
d'envoyer de semblables présens a leurs premiers 
ministres a la fin des campagnes pour leur marquer 
leur satisfaction. Le Seliktar mil pied a terre à qua- 



Vesir, 
>oli de 1 



— 59 — 
rante pas de la tente du Grand Vesir, qui le receut 
aux murailles de toile qui environnoient son quartier; 
aprez avoir baisé et mis sur sa tête le Haticherif, il le 
mit ensuite dans son sein et se retira sous la grande 
tente. Le Seliktar prit la fourrure des mains d'un de 
ses gens, et, aprez que le Grand Vesir en eut baisé le 
bas, il l'en revêtit; il le ceignit de même du sabre, 
aprez quoy le Grand Vesir remit le Haticherif au Rêis 
Effendi ou grand chancelier, qui en fit la lecture tout 
haut; il ne contenoit que des louanges et des prières 
pour ce premier ministre du Grand Seigneur et pour 
toute l'armée, y faisant mention, suivant l'usage, 
des officiers à qui on devoit donner des fourrures et 
des caftans. Le Grand Vesir les distribua dans te 
même instant et commença par le Serasker de la 
Morée. 

Ce même jour, le Grand Vesir donna deux queues 
à Abdurrahman Aga, Chaoux Bachi, avec le gouverne- 
ment d'Alep. 

Le 2 3^ il donna une paye de trois mois aux troupes* 
Il donna aussi deux queues et le gouvernement de 
Salonique pour appanage à Ahmed Beig, gouverneur 
de Castel. 

Le 3 octobre, le Grand Vesir partit du camp des 
Moulins, et, aprez avoir marché environ cinq heures, 
il campa à un lieu appelle Kourtessa, qui est auprez du 
village de St-Bazile. A l'entrée de la nuit, un officier 
du Capitan Pacha luy apporta la nouvelle que le Fro- 



— 6o — 

vediteur de la Sude avoit capitulé le 34 septembre et 
que les Iroupes ottomannes avoieni pris possession de 
celte place. Voîcy comme on raconte ce fait. On dit 
que le Capitan Pacha arriva sous cette même place 
ie [8 et que le Provediteur refusa de !a remettre ainsi 
qu'il l'avoil^promis ; que, le 22, cet amiral avoit fait 
transporter sur un grand radeau qu'il avoit fait faire 
quelques pièces de canon et quatre cent soldats à une 
petite isle voisine de celle de la Sude, d'oii l'on pou- 
voit battre cette place ; que le Provediteur y envoya 
cent cinquante hommes pour les déloger, nesçachant 
pas le nombre des Iroupes ottomanes qui yétoient, et 
que les Vénitiens avoient esté taillés en pièces ; que le 
leni3emain,le Capitan Pacha ayant fait mettre quantité 
de fusiliers sur les hunes de son vaisseau, il passa ie 
premier sous cette place et fil sur elle une décharge 
de son artillerie pendant que les fusiliers faisoient feu 
des hunes, et aprez lui tous les autres vaisseaux firent 
la même chose ; que le Provediteur s'estant opiniâtre 
à ne vouloir point capituler, le Capitan Pacha avoit 
envoyé le 24 encore mille hommes et quelques pièces - 
de canons a la petite isle, ce qui fit prendre la résolu- 
tion au Provediteur de se rendre ; que le 2 j il capitula 
et remit la place aux Ottomans, à condition que luy 
et toute la garnison seroient transportez sur les terres 
de la République de Venise, ce qui luy avoit esté 
accordé. On dit que la garnison étoit composée de 
deux cent cinquante soldats vénitiens et de quelques 



— 6i — 

• 

centaines de Grecs, et qu'on avoit trouvé dans la 
place environ 95 pièces de canons. 

Le 7, il arriva au camp de Megare deux courriers 
avec des lettres du Serasker Sari Ahmed Pacha Bei- 
glerbeig de Romelie, qui marquoient qu'il étoit arrivé 
aux environs de Sainte-Maure ; que l'armée navale de 
la République de Venise etoit auprez de cette place 
et qu'il y avoit de l'impossibilité à en faire le siège si 
la flotte ottomanne n'alloit de ce costé là pour chasser 
celle de la République. 

Le 9*, le Grand Vesir, étant arrivé au camp de 
Thebes, prit la résolution d'y demeurer quelques jours 
pour prendre de justes mesures pour le siège de Sainte- 
Maure, mais un courrier du Serasker le tira de peine. 
Ce Général lui écrivoit qu'estant campéà Vohnitza, 
sur le golfe de Venise, à quatre lieues de Sainte- 
Maure, on vint l'avertir que les Vénitiens avoient 
abandonné cette Place , et qu'on y avoit trouvé sept 
canons et deux mortiers de fer; que les Albanais ayant 
apperceu quelques Esclavons , qui estoient venus sur 
le rivage de cette Isle avec des chaloupes pour faire 
le coup de fusil , ils les avoient chargez et en avoient 
tué bon nombre en les poursuivant bien avant dans la 
mer. Cette nouvelle surprit agréablement le Grandi 
Vesir, parce qu'il craignoit que cette entreprise ne 
réussit pas , aprez ce qu'on luy avoit mandé quelques 
jours auparavant, et luy fit prendre la résolution de 
partir de Thebes le jour d'aprez. 



— 62 — 

Le lendemain io«, le Grand Vesirfit assembler tous 
les principaux officiers de l'armée et fit mettre dans 
une petite cassette Pétendard de leur Prophète, qu'on 
appelle ainsi quoyqu'il n'y ait qu'un petit morceau du 
vray étendard de Mehemmed, renfermé dans une 
boette d'argent, et que tout le reste soit d'un gros taf- 
fetas verd ordinaire. Pendant cette cérémonie ce pre- 
mier Ministre de l'Empire Ottoman versa beaucoup de 
larmes , et le Cheik ou Ministre qui avoit soin de cet 
étendard , d^ns les prières qu'il fit pour le Grand Sei- 
gneur et le Grand Vesir, nomma ce dernier Gazi, qui 
est le titre que lès Turcs donnent à ceux qui ont rem- 
porté quelque victoire contre les chrétiens, ou qui ont 
fait des conquêtes sur eux. Quand on a enfermé cet 
étendard, on ne crie plus à haute voix Allah, Allah, 
après la prière du soir; cette cassette, pendant la 
marche, est portée par un cheval richement enhar- 
ntché, qui précède le Grand Vesir. 

Le 1 1", le Grand Vesir partît de Thebes, et il arriva 
au Camp de Larissa le 17; le même jour il donna deux 
payes aux troupes , c'est-à-dire pour six mois d'arré- 
rages. 

Le 2 5 , le Grand Vesir arriva à Gérés, où il fut joint 
par Ibrahim Aga, qui revenoit de Vienne ; ce premier 
Ministre l'avoit envoyé avant son départ de Consple, 
pour porter une lettre de sa part au Prince Eugène , 
par laquelle il luy donnoit avis de la déclaration de 
guerre que la Porte venoit de faire à la République 



-6} - 

de Venise, et Tassuroit que cette même Porte vouioit 
toujours vivre en bonne intelligence avec l'Empereur 
son maistre. La réponse du Prince Eugène etoit dattée 
du 16 septembre dernier, elle contenoit de grandes 
plaintes sur ce que la Porte avoit commencé les actes 
d*hostilité contre la République de Venise , quoyque 
l'Empereur son maistre eust offert sa médiation pour 
accommoder les différents que la Porte pouvoit avoir 
avec cette République; il marquoit combien Sa Majesté 
Impériale avoit esté sensible à cette contravention du 
traité de Carlovitza, dans laquelle le Roy Auguste étoit 
aussi compris ; il s'étendoit sur l'obligation dans la- 
quelle Sa Majesté Impériale se trouvoit de ne point 
abandonner ses alliez et de maintenir le traité de 
Cariovitza, et à la fin il marquoit au Grand Vesir qu'il 
espéroit qu'il interposeroit ses offices pour empêcher 
la continuation de la guerre. 

Le 30*, le Grand Vesir receut au Camp de Gumul- 
gina une fourrure de martre zibeline et un hangiar, 
ou poignard garni de diamants d'un très-grand prix, 
que le Grand Seigneur lui avoit envoyé par son peth 
Ecuyer. 

Le 2« novembre, pendant que le Grand Vesir étoît 
campé à Vakouf-Rendel, un officier du Capitan Pacha 
luy apporta la nouvelle de la redition de Spina 
Longa. 

Le 4, le Grand Vesir arriva au village de Demir- 
tache, qui est à une petite lieue d'Andrinople. Le Grand 



-64- 

Seigneur éloit caropé ce jour là à une lieue et demy 
de ce village, sous quelques tentes que l'on avoit fait 
dresser, pour marquer sa vénération pour l'étendard 
de leur Prophète Mehemmed en venant à sa ren- 
contre. 

Le s, la Sultane Validé, ou Mère du Grand Sei- 
gneur régnant , mourut ; son corps fut envoyé à 
Consple, sous la conduite de Mehemmed Pacha, 
Caimacam de l'éirier, pour estre inhumé dans une 
belle mosquée que cette Princesse avoit fait bâtir à 
Scutary. Ce même jour le Grand Vesir traversa la ville 
d'Andrinople et alla camper dans la plaine qui est au 
devant du Seray du Grand Seigneur, et où les lentes 
de ce Prince étoient tendues, L'Aga des Janissaires 
alla camper à une lieue d'Andrinople, sur le chemin 
de Constaniinopte. 

Le ]S, l'Aga des Janissaires partit de la fontaine 
des Solaks pour Constaniinople. 

Le 2 î novembre, le Grand Seigneur partit d'Andri- 
nople, et il est arrivé à Constaniinople le 3' décem- 
bre ; son logement , aussi bien que celui du Grand 
Vesir, est vers le fond du Port, hors de la ville; il y a 
quelques tentes dressées au dessus de l'Arsenal pour 
marquer la continuation de la guerre. 

A Fera lei ConswniiDople, le )= Décembre ijii- 



-6J - 



Liste des Troupes Otîomannes qui se trouvèrent 
à Thebes le 9* Juin 171 5. 

Cavalerie. Infanterie. 

Le Grand Vesir Ali Pacha. ...... 500 500 

Sari Ahmed Pacha, Beiglerbeig de Ro- 

melie 650 100 

Sipahis ou Timars de la Romelie, appel- 
iez Sipahis de la droite et de la gauche, 
les autres ayant esté envoyez ailleurs. 2,500 » 

Chehsouvar Oglou Mehemmed Pacha, 
Beiglerbeig d'Anatolie, avec une partie 
des milices de Kutahié . • 1 ,000 » 

Turk Ahmed Pacha, Gouverneur d*A- 
dena et d'Aydin 400 300 

iCara Moustapha Pacha, ci-devant Gou- 
verneur de Negrepont, à présent Gou- 
verneur de Diabekir 500 60 

Yussouf Pacha, Gouverneur de Gara- 
manie, avec quelques milices de ce 
Gouvernement joo 240 

Hassan Pacha, Gouverneur de Kara 
Hissar 50 

Serdenghetztis, ou enfans perdus, tirez de 
Sipahis et Seliktarlis , mille de chaque 
corps 2,000 » 

Muteferikas et Zaims 194 » 

Leurs Gebellis, environ 500 » 

Les Sipahis et Seliktarlis 4,000 » 

Betzlis ou Gavaliers du costé de la Hon- 
grie 2,000 » 

Agem Mehemmed Pacha, Gouverneur 
de Brousse 100 » 

5 



— 66 — 

Cavalerie. Infanterie. 

Ramazan Pacha I Gouverneur de Kus« 

tendil loo » 

Janissaires » 40,000 

Gebegis » 8,000 

Toptzis » 3,000 

Seimens » 2,000 

Topai Osman Aga, Pandir Bachi ou 

Grand Voyer de TAlbanie 200 5,000 



Totaux (4)994 $9,200 

Outre les troupes susdites , yotci la îfste 
des notnrelles troupes qui joignirent le 
corps de l'armée, depuis îe 9* juin jus- 
qu'au 3^ juillet : 

Kior Ali Pacha, Gouverneur de Sivas 
et les milices 1 ,000 » 

Daoud Pacha, Gouverneur d'Angora . . 100 » 

Umer Pacha, Gouverneur de Vizé ... 20 30 

Kourd Pacha, Gouverneur d'Akseray 
et de Nigdé 1 50 « 

Deux Beigs, dont Pnn s'appelle Kaya 
Beig 80 90 

Maktoul Ogiou Vesir Ali Pacha, Gou- 
verneur d'Alep 450 200 

L'Alay Beig d'Alep • • . • 50 » 

Envoyé à Lépante : Mumin Beig , Gou- 
verneur d'Alaya » 1 ,000 

Janissaires » lOyOoo 

Sipahis 1 ,000 » 

Deux mille Janissaires du Caire, les autres 
mille ayant esté envoyez ailleurs . . « » a^ooo 

Envoyés en Bosnie : Tartares comman- 
dez par Moustaia Aga )|00o » 



22,844 72,520 



-67 - 

Cavalerie. Infanterie. 

Il faut joindre à toutes ces troupes les 
quinze mille Janissaires commandés par 
le Samiomgi Bachi , qui avoit pris les 
devants avant l'arrivée du Grand V§- 
sir à Thebes 1 5,000 



Total 87,S2o 



Cavalerie 22,844 

Infanterie 874320 



-M-^iA. 



I 10,^64 



Route du Grand Vesir, depuis Andrinople jiuijtt'à 

la M orée. 

Heures de chemin. 

D'AndrinopIe à Yoûndtzairi ou prairie de 

Yound 5 

A Dimetôka Bourg j 

A Saltik, on passe un pont 3 

A Vakif-Rendel, Village 6 

A Feregik ou Feré, Bourg 6 

A Chahitiler, Village 4 

A Megri, Bourg S 

A Vlufegiler, Village 5 

A Gumulgina, Bourg. 4 

A Yassikui, Village, on passe un pont. . . J 1/2 

A Yegnigé, Bourg, on passe un pont ... j 
A Kara-Sou, Rivière, on passe un grand 

pont j 1/2 

A Sari Chaban, Village 3 

A Berekesli, Village au delà de la Cavalle. 6 
A Pbrtos-Kainargiassi , ou source d'eau 

apellée Portos 5 



— 68 — 

Heures de chemin. 

Au Pont d'Esdravinik 5 

A Donia, Village 4 

A Cerés, Ville 4 

A Demir Hissar, Bourg 5 

A Tzaïr ou Prairie 5 

A Gueul Bachi , ou Lac de Doïran .... 5 

A Haïdarli, Village 4 

A Yaygilar, Village 4 

A Arabli , Village dans la plaine de Salo- 

nique, à une lieue de cette Ville 3 

A la Rivière de Vardar 21/2 

A la Rivière d'Ingé-Kara j 

A Chitros, Bourg 5 

A la Rivière de Cheftali 3 

A Platomona, Forteresse 4 

A Laspichora 5^/2 

A Kara Halil, Village 41/2 

A Larissa 11/2 

A Hagilar ovassi, ou Plaine des* Pèlerins . 7 

A Balabanli, Village 5 

A Dereli 41/2 

A une lieue d*Isdin, Forteresse 5 

Au Pont de la Lada, Rivière 3 

A Skilochori, Village 5 

A Iblay 5 

A Livadia, Forteresse 5 

A Thebes 8 

A Mazi 4 

A Megare, Forteresse 5 

A Mersinlik 61/2 

A Corinthe 5 ï/2 

Total cent quatre-vingt-quinze lieues et 

demy, d'une heure de chemin 195 1/2 



-69- 



Monseigneur, 

Le Grand Seigneur et le Grand Vesir sont partis le 
9 de ce mois de May, et je partirai demain^ 1 3, poQr 
arriver à Andrinople le même jour qu'ils y entreront. 
M. l'Ambassadeur a eu la bonté de me donner la 
somme de dix-huit cent écus pour les frais de la pré- 
sente Campagne ; je mis dans le billet que je luy en 
fis l'avoir reçeue à compte ; mais comme il prétendoit 
que je misse pour tous les frais de la Campagne, mal- 
gré tout ce que j'eus l'honneur de luy dire qu'il n'es- 
toit pas possible de les fixer à cause des incidens qui 
peuvent arriver, et que j'ai esté obligé de prendre enfin 
un milieu, en mettant avoir receu cette somme pour 
les frais de la campagne prochaine; j'ay cru que Votre 
Grandeur ne trouveroit pas mauvais que je prisse la 
liberté de l'en informer, afin qu'elle ait la bonté de 
donner incessamment les ordres nécessaires pour me 
faire rembourser les dépenses de la campagne der- 
nière, ainsi que je l'en ay suppliée par mes précé- 
dentes lettres, afin qu'on ne me laisse point manquer 
d'argent pendant la Campagne que je dois faire , su- 
posé que celuy qu'on m'a donné ne suffise pas , et 



qu'on ne me fasse point, 



, à la fin de b 



Campagne, les difficultés mal fondées que l'on a ^tes 
à la fin de l'auire. Je puis assurer Votre Grandeur que 
JE me suis privé du nécessaire pour ne point tomber 
dans ce cas ; on pounoit même présumer que les dix- 
huit cent ECUS pouvoient suffire, parce qu'on a accordé 
cette année, à la requesie de M. l'Ambassadeur, les 
quatre chevaux que le Grand Seigneur donne ordinai- 
rement â l'inierprèie de France qui suit ses années, 
et parce qu'il m'a resté plusieurs choses de la Cam- 
pagne passée ; cependant je dois faire observer à Votre 
Grandeur que dans Consple même l'orge est â un priit 
^i exhorbitant, tout comme il scait qu'il l'est aujour- 
d'huy. Puisqu'il n'a point confiance en moy, il pou- 
voit me dispenser de faire cette Campagne, et j'auraii 
esté en estât d'aller en France; tout ce qu'il a fail 
contre moy, et que je ne rappelle point icy pour ne 
point fatiguer Votre Grandeur, prouve assez qu'il àf 
sitoit que je refusasse de la faire; mais à la fin, voyant 
que mon obéissance à ses ordres étoit à toute épreuve, 
il s'avisa non-seulement de me faire dire par le Sieur 
Belin , son secrétaire, et le Sieur Fometli, premier 
interprèle, qu'il me dispenseroit de faire la Campa- 
gne, pourveu que je dise que j'étais indisposé ou que 
mes affaires ne me permettroient pas de la faire, maïs 
encore il a bien voulu lui-même me le dire. Je suplie 
Votre Grandeur de ne point trouver mauvais si je 
prens la liberté de me plaindre de M, l'Ambassadeur. 



— 7» — 

par toutes mes lettres , et d'estre bien persuadé que 
ce n'es^que la pure nécessité qui m'y oblige ; d'ail- 
leurs ^ je la suplie de vouloir bien considérer que je 
n'ay personne à Paris qui puisse représenter mes griefc 
et soUidter mes petits intérests , n'ayant pas encore 
esté payé de l'ordonnance de 1 1 57 1. 3 s. 6 d., qu'elle 
eut la bonté de me procurer pour mon voyage d'An- 
drinople ; et qui me fasse sçavoir ce que je d<ns es- 
pérer, sur la demande des arrérages de mes appoin- 
tements d'interprète que M. l'ambassadeur me retient, 
et sur l'estat déplorable dans lequel je me trouve de-* 
puis qu'il m'a ôté la Ghancelerie. C'est la raison qui 
m'a obligé de m'adresser directement à Votre Cran- 
deur, connoissant sa probité, et de l'informer au long 
de toutes mes affaires, dans l'espérance que, touchée de 
compassion pour ma nombreuse famille, elle me don- 
nera incessamment des marques de son équité dans 
l'extrême nécesdté ou je me trouve ; elle est à un point 
que j'ay pris la liberté de prier Votre Grandeur par mr 
précédente lettre de vouloir bien me permettre, aprez 
cette Campagne, d'aller à la Cour pour demander jus- 
tice contre le tort que M. l'Ambassadeur me fait, et 
pour demander du pain pour vivre, puisqu'il m'est 
impossible de le faire avec les cinq cent écus, à quoy 
montent les appointemens et émolumens de mon em- 
ploy d'interprète ; je la suplie de nouveau de vouloir 
bien m'accorder cette permission et d'avoir la bonté 
de la faire expédier incessamment , afin que je puisse 



— 72 — 

la recevoir sur les frontières d'Allemagne , parce que 
s'il est possible j'irois en France par l'Empire et en 
passant par la Cour de Suède, je confondray ceux qui 
ont avancé des faussetés sur les services que j'ay taché 
de rendre au Roy de Suède, 

J'avois promis à Voire Grandeur une copie de la 
réponse en forme de manifeste que la Porte devoir 
faire au sujet de la lettre de M. le Prince Eugène et 
des propositions de M. le Résident de l'Empereur; je 
l'ai traduite et remise à M. l'Ambassadeur pour mar- 
■quer à Votre Grandeur que je tache de faire mon 
devoir, ei que si je ne luy ay pas confié certaines par- 
ticularités, et même celle que je prens la liberté d'en- 
voyer cy-joint a Votre Grandeur, c'est pour ne point 
perdre ceux qui me les confient et pour éviter aussi 
ma perte, ainsi que j'ay eu l'honneur de l'écrire à 
Votre Grandeur, parceque !e gouvernement d'aujout- 
d'huy est très-cruel. Suposé Monseigneur que les 
services que je rends depuis environ trente ans à 
Sa Majesté avec toute la fidélité et le zèle possible, 
pussent me permettre d'espérer qu'on ne voulust point 
me laisser dans l'affreux état oii je me trouve, pour- 
rois-je oser me flatter, au cas qu'on fist un nouvel 
arrangement dans les consulats du Levant, et qu'on 
fust dans le dessein de mettre un autre Consul à 
Seyde, ou que celuy qui y est demanda dans la suite 
à se retireràcausede ses infirmités, pourrois-je, dis-je, 
oser me flatter qu'on voulust bien jetter les yeux sur 




— 7? — 
moy pour ce poste et empêcher par là la ruine totale 
de ma famille ? 

Je suis avec un très-profond respect, 
Monseigneur, 

De Votre Grandeur, 
Le très-hmble, très-obéissant et 
très-obligé serviteur, 

BRUE. 
A Pera lez Constantinople, le 12^ de may 171 6. 



NOUVELLES 



Le i4« avril, le Grand Vcsir recetit des lettres de 
Moustafa Pacha, Gouverneur de Temeswar, par les- 
quelles il marquoit que le Gouverneur de Seghedin 
n*avoit pas voulu permettre à quelques marchands 
Turcs de porter leurs marchandises en Hongrie pour 
les vendre suivant l'usage ordmaire; que là dessus il 
avoit écrit une lettre À ce gouverneur pour luy en 
demander la raison, lequel pour toute réponse luy 
avoit dit que l'Empereur luy avoit deffendu de ne 
point permettre que les sujets du Grand Seigneur 
entrassent en Hongrie ; qu'il n'avoit pourtant point 
voulu deffendre l'entrée aux sujets de l'Empereur sur 
les terres de l'Empire Ottoman, sans avoir première* 
ment averti la Porte de ce qui se passoit. Le iende» 
main 15, le Grand Vesir, qui étoit à l'Arcenal, y fit 
venir M. Heischmann, Résident de l'Empereur, il luy 
raconta ce que Moustafa Pacha luy avoit écrit et luy 



-76- 

demanda en même tems s'il n'avoit receu aucune 
réponse de la Cour de Vienne au sujet des préparatifs 
de guerre que l'Empereur faisoit^ puisque le courier 
qu'il avoit envoyé pour cet effet éloit parti le 
9® février dernier. M. le Résident répondit au Grand 
Vesir qu'il ne sçavoit pas les raisons pour lesquelles 
le Gouverneur de Seghedin avoit fait cette défense, 
parcequ'il n'avoit receu aucune nouvelle de ce côté 
là; mais à l'égard^ dit-il, de la réponse de la Cour de 
Vienne, je vous prie d'estre bien persuadé que je ne 
l'ai point receue, et que je ne manqueray pas de vous le 
faire sçavoir dès que le courier sera arrivé. La défense 
du gouverneur de Seghedin, le silence de la cour de 
Vienne et les préparatifs qu'elle fait, pourroient me 
faire soupçonner, repartit le Grand Vesir, que l'Em- 
pereur a résolu de déclarer la guerre à la Porte. Si 
cela arrive, continua-t-il, Dieu et les hommes seront 
témoins que la Porte n'a jamais donné aucun sujet de 
rupture à l'Empereur; ainsi, aprez avoir mis le bon 
droit de notre côté, nous nous mettrons en estât de 
repousser ses efforts ; je vous avertis cependant que 
je vais faire passer quelques bâtiments légers au 
Danube, lesquels ne sont destinés que pour s'oposer 
à la Flotte que l'Empereur fait construire sur ce fleuve ; 
je vous déclare pourtant qu'il n'arrivera jamais que la 
Porte commence aucun acte d'hostilité, ni qu'elle 
fasse rien de contraire au traité de paix; j'ay même, 
ajouta-t-il, envoyé un autre Pacha à Belgrade à la 



— 77 — 

place de Mehemmed Pacha, parcequ'il m'est revenu 
qu'on disoit publiquement dans cette ville là que la 
Porte devoit déclarer la guerre à l'Empereur, et que 
ce Pacha n'empêchoit pas ces faux bruits. J'ay aussi 
appris par les papiers que l'on a saisi au dernier prince 
de Valachie déposé, appelle Estienne, qu'il avoit une 
étroite correspondance avec le général de la Transil- 
vanie ; qu'il tachoit de luy persuader que la Porte avoit 
pris des mesures pour surprendre l'Empereur et que 
pour cela il se servoit de faux commandemens qu'il 
faisoit faire à Bucoretz; cependant, dit-il, vous devez 
mieux sçavoir que personne si jamais la Porte a fait 
quelque démarche contraire à la paix. Le Grand 
Vesir déclara ensuite à M. le Résident les propositions 
que M. l'Ambassadeur luy avoit faites et .luy fit part 
d'une partie du discours que ces Ambassadeur luy 
avoit tenu; il luy dit encore qu'il luy avoit répondu, 
que la Porte étoit toujours prête à écouter ce qui pou- 
voit estre pour le bien de cet Empire, et s'il avoit 
prétendu luy faire peur en luy faisant un dénombre- 
ment des troupes de l'Empereur. M. le Résident 
remercia le Grand Vesîr de la bonté qu'il avoit de luy 
confier l'affaire du Prince Estienne, parcequ'elle luy 
donnoit lieu de croire que les faussetés que ce Prince 
déposé avoit avancées étoient peut-estre cause du 
silence de la Cour de Vienne à son égard, puisque 
vraisemblablement elle pouvoit croire, dit-il, que je 
n'estois pas bien informé de ce qui se passoit à la 



-78 - 

Porte conlre les iniéréts de l'Empereur mon Maître 
M. le Résident assura !e Grand Vesir qu'il écriroit à la 
Cour tout ce qu'il avoii eu la bonté de luy dire; en 
effet, il le fit par le Courier exprez que M. l'Ambassa- 
deur d'Angleterre expédia le lendemain i6= Avril, 

Le i8° du même mois d'Avril, M. le Résident 
envoya dire au Reis Etîendi, ou Grand Chancelier de 
l'Empire, qu'il avoit receu des gazettes qui marquoient 
que l'on assuroit que M. le Prince Rakoczi éioii à 
Temeswar incognito, et que sur cette nouvelle on 
avoit peut-estre deffendu que les sujets du Grand 
Seigneur n'entrassent point en Hongrie, pour âter à 
ce Prince toute sorte de communication avec les 
Hongrois ses adhérana. 

Le 2!' Avril, le Résident de l'Empereur présenta 
au Grand Vesir la lettre de M. le Prince Eugène. 
Le 27' du même mois, on tint conseil au camp de 
Daoud Pacha en présence du Grand Seigneur; le 
Moufty donna le Fesfa, ou décision de la loy que 
" le Grand Seigneur peut envoyer en justice des 
« troupes contre l'Empereur d'Allemagne et luy faire 
« la guerre, puisqu'il a violé la paix en faisant sçavoir 
" par lettre qu'il a le dessein de secourir la Répu- 
« blique de Venise et qu'il a déclaré qu'il ne veut 
» plus de paix avec la Porte, tandis qu'elle ne rendra 
11 ps tout ce qu'elle a pris aux Vénitiens. » Malgré 
tout cela il parotl que la Porte veut ménage: 
l'Empereur; d'ailleurs, M. l'Ambassadeur d'Angle- 



— 79 — 
terre a fait dire au Grand Chancelier de l'Empire, 
par une personne tierce, qu'il avoit de nouveaux 
ordres pour oflirir sa médiation, ainsi qu'il avoit fait 
ci-devant. Cet Ambassadeur espère que la Porte le 
recherchera. 

BRUE. 

A Fera lez Constantinople, le I2<^ de may 1716. 



MEMOIRE PRESENTE PAR BRUE 

A M. LE COMTE DES ALLEURS 

AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE DU ROT A LA PORTE OTTOMANE 

LE 3l" MARS I716 



Votre Excellence m'ordonna, le 19^ du présent mois 
de mars, de me préparer à suivre le Grand Vesir pen- 
dant la campagne prochaine ; comme je me suis tou- 
jours fait une loy d'obéir aux ordres de Votre Excel- 
lence, surtout quand il s'agit du service du Roy, 
j'eus l'honneur de luy répondre que je ferois la cam- 
pagne puisqu'elle me l'ordonnoit; mais que je la 
suppliois d'avoir la bonté de faire épurer le compte de 
mes dépenses de la dernière campagne, afin que je 
pusse satisfaire ceux de qui j'avois emprunté de l'ar- 
gent pour survenir à ces mêmes dépenses. Je pris la 
liberté de luy représenter qu'elle ne m'avoit donné 
que deux mille écus avant mon départ, et que la rai- 
son qu'elle alléguoit dans son ordonnance du 9^ jan- 
vier, à sçavoir qu'elle m'avoit donné ce qu'elle et ses 
prédécesseurs ont toujours donné en pareille occasion, 
que cette raison, dis-je, ne paroissoit pas valable, 



— 8i — 

puisqu'il étoit constant qu'elle avoit donné deux mille 
cinq cent soixante-un écus à M. de la Perrière, sur 
son mémoire, pour la campagne de 171 1 ; et qu'enfin 
on ne pouvoit pas fixer ces sortes de dépenses à cause 
de plusieurs incidens qui peuvent arriver et qui n'arri- 
vent que trop. Je suppliai Votre Excellence de consi- 
dérer que si ma dépense excédoit celle de M. de la 
Perrière, c'estoit à cause que j^avois esté obligé de 
prendre et de nourrir quatre chevaux de louage en 
place des quatre chevaux que le Grand Seigneur 
donne ordinairement aux interprètes de France qui 
suivent son armée, parce que la requeste qu'elle avoit 
faite présenter à la Porte par M. Fometti pour les 
avoir n'avoit point esté décrétée avant le départ du 
Grand Vesir; que c'est un fait incontestable; que la 
dépense de ces quatre chevaux monte environ à la 
somme de quatre cent cinquante-huit écus, laquelle 
jointe à la dépense de deux mille cinq cent soixante- 
un écus que M. de la Perrière avoit faite, monteroit à 
celle de trois mille dix-neuf écus ; que si, d'un autre 
côté, ma dépense excédoit encore de trois cent dix- 
neuf écus, elle devoit l'attribuer à la cherté des vivres 
et de l'orge. 

Puisqu'on ne peut me contester l'article des quatre 
chevaux, selon l'exposé sincère que j'en ay fait^ il ne 
restoit plus qu'à examiner celuy des vivres et surtout 
de l'orge, et c'est pour cela que je suppliai Votre 
Excellence que puisqu'elle ne jugeoit pas devoir s'en 

6 



— 8a — 

rapporter à moy, elle euu la bonté de faire éputei 
mes comptes et que je consenioîs de perdre tout ce 
qui m'est dû pour teste de mes dépenses si elle trou- 
voit que j'eusse imposé à la vérité. Sur la prière que je 
luy fis de me dire si elle avoii trouvé quelque chose 
dans mon mémoire qui ne fust pas dans l'ordre, elle 
me dit que j'avois passé en dépense une mousque- 
lière, qu'elle s'estoit informée si ceux qui ont fait ta 
campagne en avoient, et qu'on lui avoit dit que j'étois 
le seul qui en eusl une. Alors je pris la liberté de lui 
repartir qu'elle ne m'avolt coûté que quatre écus et 
demy, qu'il n'y avoit qu'à retrancher cet article de 
mon compte et que je garderois la mousquetière pour 
moy. 

Comme je suis bien aise de marquer à Votre Excel- 
lence mon obéissance à exécuter l'ordre qu'elle m'a 
donné de faire la campagne, j'ai crû être obligé de 
mettre par écrit tout ce que j'ay eu l'honneur de luy 
dire de bouche, afin qu'elle ait la bonté d'y vouloir 
bien faire quelque attention, et de considérer que je 
dois sur mes dépenses de la dernière campagne irois 
cent quarante-trois écus à M. Fometti, trois cent 
quarante-neuf écus à M. Mauro Cordalo, premier 
interprète de la Pone, cent cinq écus à Edib Moystafa 
Effendi, secrétaire pour la France à la Porte, cent 
trente-neuf écus â M.RemuzStquejeprisàAndrinople 
de M. Boneau, et six vingts écus à M. Goujon, cy- 
devant Consul de France à Napoli de Romanie. Toutes 



- 8) - 

ces sommes font ensemble celle (le mille dnqa^ite- 
six écus. Apfje^s cela je se crois pas que l'équiié de 
Votre Excellence trouve mauvais que je prenne b 
liberté de luy représenter ()ue ie sois admis à justifies 
le compte de mes dépenses pour en estre payé et estre 
en état d'acquiuer les dettes que j'ay contractées poui; 
y survenii;. 

Je suplie encore Votre Excellence de considérer 
qu'elle me retient encore aeu£ cent écus» à, quoy mon- 
. tent mes appoiotemens d'Interprète^ sur le pied de 
deux cem3 écus l'année, depuis le 2^ Novembre vjioi 
jusqu'au 24* Avril 171 5, en compensation, dit*elle, de 
ce qu'elle prétend que jft dois luy donner pour la 
Chanceleriej, quay qu'elle me l'eus^t donnée gratuite-* 
ment à U recommandation de Uonseigneux le mar- 
quis de Tôrcy,,s0n3 qu'alors ni depuisi eU^ m'eusl 
jamais demandé aucune portion des émolumeos de 
cet employ. le la suplie aussi de considérei; qu'elle 
me retient encore mes, appointemens qui courent 
depuis le 25' dudit mois d'Avril 1715^ qjui^t le len- 
demaf^ de mon départ pour l'armé^, et U ipm: qu'elle 
m'a ôté U Chancelerie, sans que je luy ^ aye d,omi 
aucun sujet; elle me retient, dis-je, les susdits apoin- 
temens courans en* compensa;tiQn des cent cinquaot/^ 
écu3 que i'avois encore receus à l'armée pour; ledit 
sieur Fomettij et qu'e^jp ayoit eu la bonté de lu{ 
faire payer, comme m'en étant servi poux mes 
dépenses de la dernière campagne. 



La Chancelerie que Votre Excellence m'a 6tée, 
mes apointemens qu'elle retient, mes comptes qu'elle 
ne permet pas qu'on examine icy, le reste de mes 
dépenses pour la campagne passée qu'elle n'a pas 
voulu m'allouer; tout cela ne me prouve que trop 
que j'ay eu le malheur, sans que pourtant j'aye rien 
à me reprocher, d'encourir la disgrâce de Votre 
Excellence. Des marques si éclatâmes de son indi- 
gnation contre moy ne me permetioient pas de croire 
qu'elle voulust bien encore se servir de moy, et c'est 
pour cela aussi que je m'esiois déterminé à luy deman- 
der la permission d'aller faire un voyage en France 
aprez le départ du Grand Vesir, pour demander du 
pain pour vivre et pour faire subsister ma nombreuse 
famille, puisqu'elle m'avoit 6ié tous les moyens de le 
faire, dans le tems même qu'elle sçait que je suis 
endetté, que je paye le change de l'argent que j'ay 
avancé pour le service du Roy de Suède, et que je 
suis obligé de recourir à la bourse de mes amis pour 
pouvoir subsister. 

Cependant, comme Votre Excellence m'ordonne 
encore de faire la campagne prochaine, j'obéis avec 
respect à ses ordres, et je seray toujours presi d'y 
obéir quand il s'agira du service du Roy, de son ser- 
vice particulier, et de celuy de la nation. Je la suplie 
seulement de considérer ce que j'ay l'honneur de luy 
représenter icy, et d'avoir quelque égard au triste 
état où se trouve réduite ma pauvre famille, dépour- 



-85- 

vue de tout secours pour pouvoir subsister. Il sera 
aisé à Votre Excellence d'y remédier, en ayant la 
bonté, ainsi que je Ten prie très-humblement, d'or- 
donner qu'on me paye ce qui m'est dû ; j'attens cette 
grâce dé son équité et je me dispose à partir. 

Pour copie : 

BRUE. 



RELATION 



Ck»nme je h'ay rien tant à cœur qae de marquer 
dàsiÈ toute» les occasions mon iè\6 pour le service du 
Roy, je comnitmiquois cy-devant à M. TAmbassa- 
deuf tout ce que je pouvois aprendre de plus parti- 
culier à la Porte ; mais auiourd'hui sa santé est si 
faible et il se trouve si acdablé de ses infirmitez, que 
jen^aypas osé luy con6er une affaire que l'on négocie 
à la Porte, dans la crainte qu'il ne luy écbafDast quel- 
le p^ole qui pourroit causer ma perte et celle des 
personnes qui me l'ont confiée. Voicy de quoy il 
s'agit : M. le chevalier Sutton, Ambassadeur d'Angle- 
terre à la PortCf écrivit dans le mois d'Octobre der- 
nier au Grand Vesir, dans le tems qu'il letoumoit de 
la Morée à Andrinople, que le Roy son maistre offrcHt 
sa médiation pour terminer les différent que la Porte 
pouvoit avoir avec la République de Venise. Le Grand 
Vesir ne lui fit point de réponse; mai» aprez l'arrivée 
de ce premier ministre à Constantinople, M . Sutton 
luy en parla dans une audience qu'il tut de luy» %e 



Grand Vesir luy reperdit en des termes généraux que 
la Porte ne faisoit la guerre que pour reprendre ce 
que ia République de Venise !uy avoit enlevé par 
surprise, et que cependant la Porte ne refusoit point 
ce qui pourroit estre pour son avantage. Dans la suite, 
M. l'Ambassadeur d'Angleterre eut toujours soin d'in- 
former le Grand Vesir des préparatifs que l'Empereur 
faisoit; cela étoit confirmé au Grand Vesir par les 
nouvelles qu'il recevoit des frontières; de sorte que 
ce premier ministre envoya dire, le 6° Février dernier, 
à M. Heichman, Résident de l'Empereur, de l'aller 
joindre à l'Arcenai. Il luy dit qu'il luy revenoil que 
l'Empereur faisoit des préparatifs de guerre; qu'il ne 
pouvoit pas s'imaginer que ce prince voulust enfreindre 
le traité de paix, d'autant plus que la Porte l'avoil 
toujours observé religieusement. Cependant, dit-il, 
si ce Prince avoit résolu de déclarer la guerre, j'es- 
père, continua- t-il, qu'il ne le fera pas sans en avertir 
la Porte, puisque la surprise étoit indigne d'un grand 
Prince, M, le Résident assura le Grand Vesir qu'il 
n'avoit sur ce sujet aucune nouvelle particulière de 
la Cour de Vienne ; qu'à la vérité il aprenoit aussi par 
les nouvelles publiques que l'Empereur faisoit des 
préparatifs de guerre, et que si luy Grand Vesir le 
souhaitoit, il envoyeroit un Courier à Vienne pour 
informer son maîstre du sujet de cette audience. Le 
Grand Vesir luy repartit de le faire, et là-dessus le 
Résident en dépêcha un trois jours aprez L'Ambas- 



-89- 

sadeur d'Angleterre en envoya un autre le jour suivant, 
et quoy qu'il soit arrivé depuis ce tems-là plusieurs 
couriers de Petri-Varadin, ce Résident à toujours fait 
dire à la Porte qu'il n'avoit receu aucune lettre de la 
Cour de Vienne. Vers la fin du mois de Mars, M. Sut- 
ton receut des lettres d'Angleterre par un courier 
exprez, il fit publier et dire à la Porte que le Roy son 
maistre luy avoit permis de retourner auprez de Sa 
Majesté et qu'elle avoit nommé un autre Ambassadeur 
à sa place; toutefois il fit demander une audience 
particulière au Rels Effendi, ou grand chancelier de 
l'Empire, et le 8 de ce mois d'Avril il en eust aussi 
une très-longue du Grand Vesir. Dans l'une et dans 
l'autre, ce ministre a tâché d'insinuer que le Roy de 
Suède étoit dans l'impossibilité de rien entreprendre 
en Allemagne; que la France n'estoit pas en état de 
donner des secours d'argent à ce Prince et qu'elle 
étoit trop prudente pour vouloir dans la conjoncture 
présente luy donner un secours de troupes ou entre- 
prendre de le rétablir dans ses Ëtats d'Allemagne, 
d'autant plus que le prétendant a esté obligé de se 
retirer de l'Ecosse où il avoit passé ; que le Roy 
d^Angleterre son maistre étoit un Prince toujours 
attentif au bien de ses amis, qu'il a seu que l'Empe- 
reur faisoit de grands préparatifs de guerre, que 
comme membre de l'Empire il en a recherché la cause, 
qu'il a trouvé que les Vénitiens sollicitoient ce Prince 
à déclarer la guerre à la Porte pour empêcher que 



— 90 — 

leur République ne succombasi sous la puiisance 

ottomanne; que le Pape, de son côté, pressoit fort 
ce Prince à se déclarer pour empêcher non-seulement 
que la République de Venise ne fusi exierminée, mais 
encore que l'Italie ne fust opprimée ; que les Roys 
d'Angleterre honoroient leurs Papas ou Ministres, 
mais que les Princes catholiques étoient commedépen- 
dans du Pape; ainsi que la Porte devoit regarder 
[es grands préparatifs que l'Empereur faisait comme ■ 
un ejfel des sollicitations du Pape. Le Grand Vesir 
demanda à l'Ambassadeur d'Angleterre dans quel 
dessein il lui faîsoil ce grand discours, et si c'estoit 
pour l'épouvanter, L'Ambassadeur d'Angleterre luy 
répondit que c'estoit pour l'informer de la part du 
Roy d'Angleterre de tout ce qui se passait et pour 
offrir en même lems à la Pone sa médiation, supposé 
qu'elle ne voulus! point s'engager dans une pénible 
guerre dont les succez étoient incertains. Le Grand 
Vesir repartit que la Porte ne pouvoii pas croire que 
l'Empereur voulust enfreindre le traité de paix, mais 
que, s'il le faisoit, qu'elle tâcheroil de se mettre en 
état de repousser la force par la force. Il dit ensuite à 
l'Ambassadeur d'Angleterre ce qu'il avoit dît l'année 
passée au Résident d'Allemagne, quand il offrit la 
médiation de l'Empereur aprez la déclaration de 
guerre, qu'il iroit avec une bonne armée pour tâcher 
de reprendre les places que les Vénitiens leur avoieni 
enlevées injustement; que s'ils vouloiem les rendre, 



— 9» — 
que la Porte accepteroit alors la médiation du Roy 
d'Angleterre. M. Sutton fit ensuite un dénombrement 
des forces de l'Empereur et croit avoir fait peur au 
Grand Vesiir. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce pre- 
mier ministre voudroit continuer la guerre contre la 
République de Venise, mais on peut croire aussi qu'il 
souhaiteroit que l'Empereur ne s'en mëlast pas. 
M. Heichman ne s'est point mêlé dans cette négocia- 
tion et continue de faire dire à la Porte qu'il n'a 
aucune réponse de la Cour de Vienne, peut-être ne 
viendra-t-elle qu'aprez l'arrivée à cette cour du Cou- 
rier que M. l'Ambassadeur d'Angleterre doit expédier 
au premier jour. Cependant le Grand Vesir n'a point 
encore déterminé s'il ira du côté de la Dalmatie ou du 
c6té de Corfou , parce qu'il attend la réponse de 
l'Empereur. Ce premier ministre est parfaitement bien 
informé des préparatifs que le Roy de Suéde fait, et il 
dit qu'il espère que la France n'abandonnera pas ce 
Prince, puisqu'il aprend qu'elle est en état de le faire. 
Voylà tout ce que j'ay pu aprendre. 

BRUE. 

A Fera lez Constantinople, le u^ de may 1716. 



MÉMOIRE DE LA DÉPENSE 

QUE MOT BENJAMIN BRUE AT FAITE 

A LA SUITE DU GRAND VEStR ALI PACHA 

rSNDAMT LA CAMPAGNE OS LA PRBSSNTE ANN^E I7l5 



Ùipifises faites à Constantinople pour les Tentes j pour la 
Cuisine et pour les autres choses nicesscdres pour la 
Campagne. 

PREMIÈREMENT. 

piastres aspres 

Pour une tente à deux mâts, avec sa marquise 

et une cuisine 105 » 

Pour une tente pour les valets 20 » 

Pour deux nécessaires 8 » 

Pour cinq tapis rayez pour mettre sur les che- 
vaux de charge. 7 60 

Pour un petit tapis 5 » 

Pour deux pioches, deux haches et deux faulx. 4 » 
Pour deux caffetières et une assiette de cui- 
vre pour présenter le café i 10 

Pour douze tasses à caffé , avec deux boettes 

pour les conserver 1 » 

Pour trois fanaux S ^^ 



— 9î — 

piaitm aspret 

Pour dix grands sacs de crin garnis de cuir . i $ » 

Plus, pour deux grands sacs de crin garnis 
de cuir pour mettre les mats des tentes. • • 2 60 

Pour quatre mataras ou bouteilles de cuir 
pour mettre de Peau 5 » 

Pour deux maillets et des piquets pour les 
tentes 1 60 

Pour trois bourses de cuir pour y mettre du 
sel et du poivre » 60 

Pour une tasse de cuivre pour le sorbet et 
une autre dorée pour boire de Peau . • . • 2 80 

Pour des besaces garnies de cuir pour aller à 
la provision 2 » 

Pour un rideau de toile peinte pour la tente . ^ 1 

Pour six cueillieres et six fourchettes d'argent 
haché 6 » 

Pour deux bougeoirs et deux mouchettes . . 1 40 

Pour six couteaux d'Angleterre 2 30 

Pour une lesse pour le cheval de main , et un 
kalkandeche ou sangle pour tenir le capa- 
raçon. ..•• 3 9 

Pour deux sepets ou coffres avec leurs ser- 
rures « 5 9 

Pour quatre sacs de toile 1 60 

Pour de la poudre â tirer et un magasin â la 
mettre a » 

Pour une cave, avec douze bouteilles .... 412 

Pour des mechques ou grandes outres pour 
Peau, un mouslouk ou puits de cuir, pour 
la planchette et les battons ferrés pour sou- 
tenir le puits 19 60 

Pour un habit de cuir complet pour le saka 
ou porteur d'eau 6 60 

Pour vingt-^inq ocques de batterie de cuisine 
de cuivre, sçavoir : trois marmites, une 



- 94 — 

piastres Mpres 

grande bassine^ un fini ou table à niaiigjeir 
k la turque, six plats, un grand coquenar 9i 
«Q vase à puiser de Teau, à deux isolottesi 

l'ocque < • . . Il 40 

Pour des pieds de fer étamés pour la table* . i » 

Pour un gril, un couperet, trois petites bro* 

chettes et deux couteaux i 98 

Pour deux sepets, pour la battfrie de cuUùnf « 

avec leurs serrures ^. z 90 

Pour un debé ou magasin ponx le beurre. • • a 9a 
Pour vingt cueillères de bois, tabliers pour U 
cuisine et deipc magasias. pQur les chan- 
delles 2 » 

Pour une pièce de toile rouge pour faire une 

espèce de nappe qu'on met sous la table^ ^ a « 
Pour une douzaine de petites assiettes d 'es- 
tain «....,, ^ , ) » 

Pour f^ire étamer la vaisselle de cuivfe • • . ^ i S 

Pour six essuyés mainsi à la tqrque. . • . .^ • 4 * 
Four une petite pe^e et pincettes it fer . • •. < }<> 
Ppur quatre tasses de cristail 9 So 



Dépenses pour PEcurie faites à Constantinople. 

piastr«supm 
Pour le prix ^'onze chevaux , revenant Tun 

portant Tautre à trente-neuf piastres cin- 
quante-une aspre Pun 4)^ 80 

Pour avoir fait passer lesclits cheyaux de 
Constantinople à Fera 1 • 

Donné au maquignon qui m'a fait achçtter les. 
onze chevaux 8 » 



— 95 — 

piastres aspres 

Pour avoir fait accommoder une écurie pour 
y mettre lesdits chevaux 4 32 

Pour un bast pour un cheval de charge . . 4 60 

Pour deux éponges « deux haleines ,- deux 
grosses éguilles, gros fil et un crible. ... 1 ?S 

Pour vingt sacs de crin pour donner l'orge aux 
chevaux 2 6q 

Pour vingt gfaebrez et deux chemises pour les 
chevaux i 50 

Pour dix licols 9 90 

Pour neuf palans et neuf sangles 4 ^0 

Pour une tavia ou corde, avec des piquets 
de fer pour y attacher les chevaux 2 « 

Pour douze paivans et kusteks pour attacher 
les pieds aux chevaux 3 30 

Pour une masse de fer, deux tzanta ou petits 
sacs de cuir et des besaces pour les janis- 
saires 2^ 3P 

Pour deux licols de cuir et un feutre • . • • * 9S 

Pour quatre bridons 1 $0 

Pour six selles pour les chevaux des valets, 

avec leurs hamois 33 » 

Pour deux selles, deux housses et hamois pour 

mes deux chevaux 40 « 

Pour deux étrilles » 80 

Pour cinq grandes sangles pour les charges . 2 » 

Pour deux housses pour deux valets 2 » 

Pour un bast et étriers pour le cheval du 

porteur d'eau 4 » 

Pour des grelots et un bidop pour ledit 

cheval 3 60 

Pour deux couvertures pour mes deux che- 
vaux 4 80 



S6i 72 



c 



-96- 



Dépenses pour mes habits et hardes. 

piastres aspres 

Pour une grande fourrure de renard, avec 

son drap 50 » 

Pour un kereké ou manteau de camelot ... 32 » 

Pour un chakchir ou culotte 10 » 

Pour deux calpaks ou bonnets fourrez. ... 8 » 

Pour deux caftans d'esté 13 » 

Pour quatres zibons ou chemisettes 8 » 

Pour deux paires de draps à la turque. ... 12 » 

Pour un biniche ou surtout 14 » 

Pour un caftan d'hiver 8 » 

Pour un surtout de culotte S » 

Pour une petite fourrure de petit gris , avec 

son drap 26 60 

Pour un petit matelas de cotton , un coussin 

et une couverture 16 » 

Pour deux vestes de drap et deux chakchirs 
ou culottes pour les deux valets qui me 

suivaient 28 » 

Pour quatre paires de papouches et mester, 

et trois paires de bottes 11 6 

Pour avoir fait raccommoder mon lit de cam- 
pagne 2 7$ 

Pour une mousquetière de gaze 4 60 

Pour une ceinture de soye 4 60 

2$3 21 



— 91 — 

Dépenses pour ma nourriture y celle du janissaire^ 
des valets et des chevaux pendant toute la campagne, 

piastres aspre 

Pour la nourriture, à Constantinople , d'onze 
chevaux, depuis le i$* avril, que je les 
achettai, jusqu'au 23e du même mois, faisant 
neuf jours ^ à six paras par cheval chaque 
jour 14 102 

Pour la nourriture, à Constantinople, de cinq 
valets pendant les susdits neuf jours, à cinq 
paras chacun chaque jour 5 75 

Pour avoir fait repasser les chevaux de Pera 
à Constantinople et pour y avoir fait porter 
le bagage i 60 

Pour ma nourriture , celle du janissaire et de 
huit valets, y compris le voiturier, faisant 
dix personnes, depuis le 24* avril, que je 
partis de Constantinople , jusqu'au 8* may 
suivant, que j'arrivay à Cerés, où étoit le 
camp Ottoman, faisant quinze jours à trois 
piastres le jour 4$ » 

Pour dix-sept yems ou mesures d'orge par 
jour pour dix-sept chevaux, sçavoir onze 
à moy, quatre de louage, et deux aparte- 
nant à deux officiers des janissaires, que je 
jugeai à propos de nourrir avec leurs chevaux 
pour les engager de ne point me quitter, à 
. cause que les janissaires qui defiloient fai- 
soient du désordre dans la route, les dix-sept 
mesures^ pendant quinze jours, à huit paras 
la mesure, un jour portant l'autre 51 » 

Pour de la paille et du foin, pendant les der- 
niers quinze jours, pour les susdits dix-sept 
chevaux 21 45 

7 



-98- 



piastres aspres 



Plus, donné à deux guides qui m'ont con- 
duit depuis Andrinople jusqu'à Gumelgina, 
et qui ont porté de Torge et de la paille 
pour mes chevaux, à cause que les habitans 
des villages qui sont sur la route avoient 
abandonné craignant l'insolence des janis- 
saires 6 » 

Plus, donné un sequin Tourali à un guide qui 
m'a conduit depuis Praoùsta jusqu'à Cerés. 2 75 

Pour ma nourriture et celle de neuf personnes, 
y compris le blanchissage, caffé, sorbet et 
tabac, depuis le 9*" may jusqu'au 3 i^du même 
mois, faisant vingt-trois piastres le jour l'un 
portant l'autre 69 » 

Pour quinze mesures d'orge par jour, pour 
quinze chavaux, y compris les quatre de 
louage, pendant les susdits 25 jours, à cinq 
paras la mesure un jour portant l'autre • • 4 j 15 

Pour de l'herbe pour lesdits quinze chevaux 
pendant les susdits vingt-trois jours. • • . 17 30 

Pour ma nourriture et celle de deux per- 
sonnes, etc., depuis le 1^' juin jusqu'au 
30* dudit mois inclusivement, faisant trente 
jours, à trois piastres le jour l'un portant 
l'autre. 90 » 

Pour onze mesures d'orge (i) par jour et four- 

(1) Quelque exhorbitant que paraisse le prix de Porge, ainsi que 
je le passe icy et ci aprez, c'est pourtant un fait constant que les 
Turcs Tont achetté à des prix bien plus considérables, ainsi qu'on 
peut s'en informer d'eux-mêmes, et que j'aurois esté obligé de ra- 
cketter à ces mêmes prix sans le secours de M. Mauro Cordato , 
premier interprète de la Porte, qui faisoit venir de l'orge des vil- 
lages de la Morée au camp, et qui m'en foumissoit sur le même 
pied qu'il l'achettoit dans le tems qu'un yem ou mesure d'orge 
pour un cheval coûtoit quarante sols et au delà. 



- 99 — 

piastres aspres 

rage pour mes onze chevaux, à dix paras 
le jour pour chaque cheval pendant vingt 
jours, et à vingt paras pendant dix jours ^ 
sans fourrage, ayant assigné au voiturier 
pour la nourriture de ses quatre chevaux le 
quilot d'orge que le Grand Seigneur donne 
au Drogman de France qui suit l'armée, 
un quilot faisant quatre yems ou mesures 
d'orge '. . 1 10 >• 

Pour le fourrage pour tes quatre chevaux 
dudit voiturier pendant les susdits vingt 
jours y à trois paras par jour pour chaque 
cheval 6 d 

Pour le port de vingt quilos d'orge pendant 
quatre jours, le Grand Vesir en ayant fait 
distribuer pour vingt jours à toute l'armée. 2 8o 

Pour ma nourriture (i) et celle de neuf per- 
sonnes, etc., depuis le premier juillet jus- 
qu'au trente-unième inclusivement, faisant 
trente-un jours, à cinq piastres le jour l'un 
portant l'autre 15$ v 

Pour onze mesures d'orge par jour pour 
onze chevaux , pendant les susdits trente-un 
jours, à quinze paras la mesure un portant 
l'autre 127 105 

Pour quatre mesures d'orge pour les quatre 
chevaux du voiturier pour onze jours, la 
Porte n'ayant point donné de taïn au delà 
des vingt jours ci-dessus mentionnez, à 
quinze paras la mesure un jour portant 
l'autre 16 60 



(i) Il faut observer que pendant plusieurs jours il m'en a coûté 
de trois à quatre et cinq piastres par jour pour le pain seulement. 



■ 100 - 






Pour ma nourriture et celle de neuf per- 
sonnes, etc., depuis le premier août jusqu'au 
trente- unième dit inclusivement, faisant 
Irente-un jours, à trois piastres le jour l'un 
portant l'autre 93 a 

Pour onze mesures d'orge par jour, pour 
onze chevaux pendant les susdits trente-un 
jours, à treize paras une aspre la mesure un 
jour portant i%utre 11 ; 80 

Pour quatre mesures d'orge pour les quatre 
chevaux du voiturier pendant vingt-cinq 
jours, n'ayant receu dans le mois d'aoust 
que six jours de tain jj 40 

Pour ma nourriture et celle de neuf per- 
sonnes, etc., depuis le premier septembre 
jusqu'au trentième dit inclusivement, fai- 
sant trente jours, à trois piastres le jour 
l'un portant l'autre 90 » 

Pour douze mesures d'orge, pour onze che- 
vaux et un mulet, pendant les susdits trente 
jours, ayant achetté un mulet le premier 
septembre pour porter de l'orge, à douze 
paras la mesure un jour portant l'autre . . 108 t 

Pour quatre mesures d'orge pour les quatre 
chevaux du voiturier pendant quinze jours, 
la Porte n'ayant donné que demy tain , à 

Pour de la paille, pendant ledit mois de sep- 
tembre 12 49 

Pour ma nourriture et celle de neuf per- 
sonnes, etc., depuis le premier octobre jus- 
qu'au trente-unième dit inclusivement , à 
deux piastres et demy le jour l'un portant 

l'^"'« 77 Èo 

_Pou_r diï-huit mesures d'orge |>our seize die- 



— lOI — 

piastres aspres 
vaux, y compris les quatre du voiturier, 
leur ayant donné deux mesures de plus et 
vingt-huit mesures du taîn, à cause des 
grandes journées que Tarmée faisoit et que 
l'on manquoit de paille, à six paras la me- 
sure un jour portant l'autre 83 28 

Pour de la paille pour lesdits onze chevaux, 
pendant le mois d'octobre 24 32 

Pour ma nourriture et celle de neuf per- 
sonnes, etc., depuis le premier novembre 
jusqu'au vingt-septième dudit mois que 
j'arrivai à Constantinople , à deux piastres 
et demy le jour Tun portant l'autre .... 67 60 

Seize yems ou mesures d'orge par jour pour 
sei^e chevaux, y compris les quatre du voi- 
turier, pendant les vingt-sept jours cy-dessus, 
font quatre cent trente-deux mesures que 
j'ay eu du taïn, partant il ne reste que 400 
mesures, à quatre paras la mesure, font . • 40 » 

Cour douze mesures d'orge pour douze che- 
vaux, depuis le 28 novembre jusqu'au 5 dé- 
cembre inclusivement, ayant vendu les sus- 
dits chevaux le 6, faisant huit jours, à 
quatre paras la mesure, font 9 72 

Pour de la paille pendant les susdits trente- 
cinq jours 13 *> 

Pour la nourriture de deux valets qui avoient 
soin des chevaux, depuis le 29 novembre 
jusqu'au 6 décembre inclusivement, faisant 
huit jours , à cinq paras chacun par jour. . 2 » 



1570 108 



— 102 — 



Dépenses pour Ncurie pendant la campagne. 



piastres aspres 

A Larissa y 30^ may, pour une hache et une 
pioche, les autres ayant esté rompues. • • 1 » 

Pour un matara ou bouteille de cuir i 60 

A Thebesy 12^ juin, pour un bast pour un 
cheval porteur d'eau, ayant changé de cheval 
à cause que l'autre ne pouvoit pas résister 
à la fatigue 5 » 

A Corinthe^ 27* juin^ pour quatre grands sacs 
de crin pour l'orge 1 80 

A Misistra, 1^ septembre, pour le prix d'un 
petit mulet pour porter de l'orge avec 
moy • 20 » 

Pour avoir fait raccommoder pendant la cam- 
pagne les harnoiSy selles, bâts et autres 
choses, et pour avoir achetté des cordes de 
crin pour attacher les pieds des chevaux, 
des sacs de crin pour leur donner l'orge 
et des licols 24 49 

Four avoir fait ferrer (1) douze chevaux pen- 
dant la campagne 64 37 

Pour louage d'une écurie pendant neuf jours 
que les chevaux ont demeuré invendus à 
Constantinople • . • • 1 96 

119 82 



(I Dans la Morée il m'en a coûté jusques quatre isolottes ou 
hait livres pour faire fener les quatre pieds d'un cheval. 



— lOJ — 



Dépenses extraordimiris pendant la campagne. 

piastres aspres 

Donné aux portiers du Grand Vesir et du 
Kiaya, à mon. arrivée au camp i 40 

Aux Falacagis >- 80 

27* may, donné à un Turc qui m'aporta la 
lettre de Monseigneur l'Ambassadeur du 
a^may 1 40 

A un Chaoux qui vint m'apeller de la part de 
Chaoux Bachi v 80 

4* juin, à un Turc qui avoit amené au camp 
un soldat français nommé Joseph Carlet, 
de Cisteron 2 7$ 

10" d^^ à un Officier des janissaires qui con- 
duisit à ma tente cinq Français qui luy 
avoient esté remis en garde 5 30 

1 4« d®, à un Courier pour un paquet de Son 
Excellence du 23®may 2 7^ 

26* d*, à un Courier pour un paquet de Son 
Excellence du 22® may 2 72 

5* juillet, à un Tzokadar du Kiaya du Grand 
Vesir, qui me donna la nouvelle de la prise 
de Corinthe 2 80 

A un Tzokadar du Reîs Effendi , qui m'ap- 
porta plusieurs Requestes décrétées . • • . » 80 

18" 69, à un Tartare, qui m'apporta la lettre 
de Son Excellence du 24" juillet 2 80 

20 d^*, à un Courier qui m'apporta une lettre 
de Son Excellence du 17® juin 2 • 

i8aoust, à un Tartare qui m'apporta les let- 
tres de Son Excellence des 25 et 27 juillet. 2 75 

Au Kessedar du Reîs Effendi, qui m'apporta 



— 104 — 

piastres aspres 

un pacquet de lettres de Son Excellence du 

22« août 2 75 

1 1® septembre. Donné un isolotte à un mes- 
sager Arabe, à qui je remis une lettre pour 
Son Excellence dudit jour » 8o 

29« d®, donné au Chaoux du Grand Vesir, 
le jour du Bayram 2 » 

Donné aux Falacagis , ledit jour du Bayram. » 8o 

Donné à quelques valets de Reïs Effendi , le 
même jour de Bayram. • 2 40 

2* octobre, à un Turc qui m'apporta les lettres 
de Son Excellence des 8, 13 et 20 juillet . 2 v 

14* à9, à un Courier du Douanier à qui je 
remis un pacquet de lettres pour Son Excel- 
lence dudit jour 3 v 

27^ d®, à un Turc qui m'apporta la lettre de 
Son Excellence du 9® octobre 2 » 

43 0$ 



Gages du janissaire^ du porteur d'eau et de six valets. 

piastres aspres 

Payé au janissaire, pour sept mois de gages, 
c'est»a-dire depuis le 24» avril jusqu'au 
27^ novembre suivant, à raison de huit pias- 
tres le mois 56 » 

Pour sa capotte, bottes et pour une selle 
que son cheval rompit à la Morée 10 60 

Au saka ou porteur d'eau , pour sept mois 
de gages, à unsequin Tourali par mois . . 18 45 

Pour deux paires de bottes pour ledit saka . 2 95 

Au cuisinier, pour sept mois quatre jours de 
gages, c'est-à-dire depuis le 24^ avril jus- 



— 105 — 

^ piastres aspres 

qu'au 28* novembre inclusivement, à cinq 

piastres le mois 35 80 

Pour sa capotte, surtout de culottes et bottes. 5 » 

A trois valets, pour sept mois quatorze jours 
de gages, c'est-à-dire depuis le 1 5* avril jus- 
qu'au 28* novembre, et à deux autres, pour 
sept mois vingt-deux jours de gages, c'est- 
à-dire depuis le 1 5^ avril jusqu'au 6^ décem- 
bre suivant que j'ay vendu les chevaux , à 
raison de cinq piastres le mois, font. ... 189 40 
Donné aux susdits cinq valets cinq piastres 
chacun pour leurs capottes, surtout de 
culottes et bottes 25 » 

Total 342 80 

Deux cent quatorze piastres payées au Kiragi 
ou voiturier, pour quatre chevaux de louage 
que j'ay gardés, à raison d'une piastre ou 
trois livres par jour, pendant sept mois 
quatre jours, c'est-à-dire depuis le 24^ avril 
que je partis de Constantinople jusqu'au 
28® novembre suivant que j'arrivai en cette 
même ville, m'estant obligé d'ailleurs de 
nourrir les susdits quatre chevaux et le 
voiturier aussi pendant le tems que je les 
garde rois, cy « 214 v 



Total général. ... 3398 23 



Somme totale : trois mille trois cent quatre- 
vingt-dix-huit piastres vingt-trois aspres; 
faisant dix mille cent quatre-vingt-quatorze 
livres onze sols six deniers. 



— !06 — 



• • 



Recette. 

piastres aspres 

Deux mille piastres que j'ay receu de Mon* 
seigneur TAmbassacielir avant mon départ de 
Constantinople , suivant mes billets . . . . 2000 » 

Plus cent cinquante piastres que Son Excel- 
lence a fait payer *à M. Fometti sur ma let- 
tre du 26* septembre 171 5, et que TEmin 
des Chaoux m'avoit remis au camp pour 
ledit sieur Fometti • • 150 n 

Plus cent cinquante-sept piastres trente as- 
pres que i'ay receu provenant de la vente 
d'onze chevaux et un mulet, sçavoir neuf 
chevaux et le mulet, à douze piastres onze 
aspres Tun portant Tautre, et trente-sept 
piastres les deux autres chevaux^ cy. . . . 157 30 



, Total 2,307 50 

Partant il m'est encore dû pour les dépenses 
de la campagne la somme de mille quatre- 
vingt-dix piastres cent treize aspres, faisant 
trois mille deux cent soixante-douze livres 
seize sols six deniers» cy 1090 113 



Total .... 3398 23 



Eclaircissement sur le présent compte, 
» 
I® Le d6mier article passé en la dépense du présent 

compte est de deux cent quatorze piastres^ pour le 

louage de quatre;, chevaux que j'ay esté obligé de 

prendre et de les garder pendant la campagne, en 

place des quatre chevaux que le Grand Seigneur 



— 107 — 

donne et nourrit aux Interprètes de France qui suivent 
l'Armée oltomanne, et que je n'ay point eu parce que 
le Grand Vesir étoiten marche quand je suis parti de 
Constantinople, et qu'oii ne me les a point données à 
mon arrivée au camp, quoy que je les aye demandées. 
Cette dépense de deux cent quatorze piastres, jointe 
à celle de deux cent quarante piastres que j'ay faite 
pour la nourriture des susdits quatre chevaux, fait la 
somme de quatre cent cinquante-huit piastres. Sur 
l'exposé que je viens de faire on doit regarder la 
deuxième somme de 458 piastres comme une dépense 
extraordinaire que les autres Interprètes n'ont point 
esté obligés de faire comme moy dans les autres cam- 
pagnes. 

2^ Les dépenses des deux campagnes des années 
1698 et 171 1 montent, la première à deux mille six 
cent vingt piastres, et l'autre à deux mille cinq cent 
soixante-une piastres. De sorte que la dépense de la 
campagne de la présente année 171 5 excéderoit d'en- 
viron trois cent cinquante piastres ; et c'est de quoy 
on ne doit pas être surpris si l'on fait attention à la 
cherté des vivres et de l'orge, ainsi qu'il apert par le 
compte cy-dessus. 

Je certiffie le compte cy-dessus véritable dans 
toutes ses parties : 

A Fera, le 1 ^^ décembre 171 5. 

BRUE. 



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